Paris, photo, humeurs, un peu de HTML/CSS pour faire sérieux. Feinte innocence et vraie naïveté (ou vice-versa). Encore un blog qui agite ses petits bras en couinant "Viens me lire !"
Je suis tombé hier sur la réédition d'un petit livre à l'usage des voyageurs britanniques en France. Plutôt que d'un guide touristique il s'agit d'une présentation du pays, d'un traité de savoir-vivre et d'ethnologie pratique… d'une Introduction au voyage
à la manière des guides Michelin. En voici quelques passages, un peu dans le désordre (les passages en gras le sont aussi dans le livre).
On rassure le lecteur sur son image de marque :
Les longues guerres contre l'Angleterre et les invasions récurrentes que nous menâmes en France n'ont laissé aucun ressentiment de la part des Français, qui ne nous reprochent rien, sauf peut-être d'avoir brûlé Jeanne d'Arc.
On l'avertit aussi de ne pas prendre la grosse tête :
Cependant, ils [ne sont] pas particulièrement impressionnés par les étrangers et ils ne leur accord[ent] pas un grand intérêt. Ce qui intéressait les Français, et continue de les intéresser, c'est la France : ils la considèrent comme une grande nation et une des plus anciennes. Et ils ont raison.
Tout un chapitre tente de lui expliquer le caractère national et certaines de ses particularités :
Un uniforme ou un règlement provoquent chez eux une même réaction épidermique : plutôt que d'obéir aveuglément, ils mettent la loi en doute et ne manquent pas de la critiquer s'ils l'estiment inutile.
Ils tiennent à la liberté de penser et de critiquer comme à la prunelle de leurs yeux.
Le Français aime se croire aussi important que son voisin. Il considérera comme une insulte qu'un étranger ne l'appelle pasmonsieur.
Globalement les Français, quel que soit leur revenu ou leur métier, ont une vision du monde que nous pourrions qualifier depetite-bourgeoise.
La devise issue de la Révolution :LibertéetÉgalitén'a jamais cessé de préoccuper les Français, parfois au détriment de laFraternité.
Aux considérations pratiques, aux observations précises, se mêlent les conseils de savoir-vivre et le démontage de quelques idées fausses :
Ils ne jouent pas au cricket.
Les jeux de cartes des Français diffèrent des nôtres et se déroulent souvent dans une atmosphère enfiévrée.
Rappelez-vous qu'en France on roule à droite, jamais à gauche.
Le Français moyen est, sans rien perdre de son sens pratique, généralement plus attentif à l'art que ne l'est l'Anglais moyen.
Ils ont peut-être des pièces plus petites et moins nombreuses, mais cela compte peu car les Français préfèrent recevoir au café ou au restaurant. Il faut être un ami proche pour qu'ils vous invitent chez eux.
Les Français boivent du vin comme nous de la bière. C'est la boisson nationale, une très bonne boisson, mais ils se saoûl[ent] bien moins que nous.
Si on vous offre du vin ou de l'alcool, n'oubliez pas que ces boissons sont plus fortes que celles auxquelles vous êtes habitués.
Les Français sont plus polis que la plupart d'entre nous. N'oubliez jamais de les appelerMonsieur, Madame, Mademoiselle, de préférence à un simpleHé !.
S'il vous arrive de croire que la première jolie Française qui vous sourit se propose de danser le french cancan ou de vous inviter dans son lit, vous risquez de vous attirer de gros ennuis – et de compromettre nos relations avec eux.
Dans l'ensemble les Français se conforment, tout comme nous, aux conventions sociales. Il se trouve juste que leurs conventions diffèrent en partie des nôtres. Avant-guerre, des touristes britanniques furent choqués d'apprendre que les Français avaient autorisé les bordels. Eh bien, les touristes français en Angleterre furent parfois choqués de voir des couples faire l'amour dans les jardins publics.
Il y aussi des remarques sanitaires :
Une étude récente estime qu'un Français sur douze souffre de tuberculose. Les cas de syphilis, plus fréquents aux abords des casernes, touchent un huitième de la population.
Encore un livre humoristique mâtiné de french bashing ? Pas tout à fait. Ce livret a été distribué aux soldats britanniques avant leur venue en France, en 1944. On y rappelle aussi que
Chaque année, au moins 5000 Français ont été fusillés pour leurs activités de résistants – un toutes les deux heures.
N'oubliez pas que lorsque la RAF bombarde [...] tuant et blessant des civils, les Français, qui savent à quel point nous essayons de viser de notre mieux, aident nos aviateurs, obligés de sauter en parachute lorsque leur appareil est touché, à échapper aux nazis, et qu'ils fleurissent les tombes de ceux qui se sont écrasés au sol.
Très émouvant et chaleureux petit bouquin.
Quand vous serez en France
, éditions Les quatre chemins
, (jolie) préface de Pierre Assouline, 9,90 euros. Le texte anglais est inclus dans l'ouvrage.