Paris, photo, humeurs, un peu de HTML/CSS pour faire sérieux. Feinte innocence et vraie naïveté (ou vice-versa). Encore un blog qui agite ses petits bras en couinant "Viens me lire !"
Voilà un sujet bien ingrat : une usine la nuit, un pont du XIXe siècle, briques et moëllons sans recherche décorative … bof, non ? On a déjà vu plus glamour.
On se trouve ici à l'entrée de Paris ; sur ce pont passent les boulevards des Maréchaux, ensuite viennent le périphérique puis la banlieue Sud-Est : Ivry sur la rive gauche (à droite ! ) et Charenton sur la droite (à gauche …), en contrebas du bois de Vincennes. Comme toujours en banlieue ce sont de très vieux peuplements – le suffixe -y si fréquent dans les noms de lieux en Île-de-France et ailleurs est un vestige du suffixe latin -iacum. Vestige parfois authentique et parfois rajouté par des copistes médiévaux croyant bien faire : Pateliny
dérive de Pateliniacum, simplement le domaine agricole, la villa, d'un certain Patelinus, peut-être un ancien légionnaire à qui Rome avait attribué un lot de terre en remerciement de ses services. Autour de ce noyau s'est formé un petit village vendant au fil des siècles ses produits en ville, petit village tranquille au milieu des champs jusqu'à ce que la croissance de Paris vienne tout noyer sous les constructions. Il n'en reste pas moins que tous ces coins conservent souvent de minuscules centres historiques au charme inattendu : maisons du XVIIIe siècle ou plus anciennes, rues tortueuses et petite église pour carte postale.
Pas ici : un paysan prudent ne construit pas sa maison au bord d'une Seine longtemps encline à déborder sans trop prévenir. Ici c'étaient des cultures ou des herbes folles, les siècles récents ont bâti sans se gêner, seulement mûs par leurs besoins. L'usine est de chauffage urbain et le panache n'est que de vapeur d'eau – un nuage. Un nuage artificiel, plus ou moins épais selon la météo, toujours là, immense et changeant : l'haleine d'une ville …
Pour prendre cette photo il faut qu'une curiosité pathologique vous pousse à traverser le flux de voitures du quai, tout droit issu de l'autoroute de l'Est, pour rejoindre une bande de macadam coincée entre voitures et fleuve. Ce précaire abri pour piétons et cyclistes vous fera marcher jusqu'à Charenton sans pouvoir en sortir avant, et vous n'y croiserez pas grand-monde : l'aventure toute pure.
Le paysage est brutal ; je ne dirais pas qu'il est beau, pittoresque ni apaisant. Le tête-à-tête avec ces forces crues et organisées : la nuit, les lumières, le bruit, le vent, la vapeur et le fleuve ne manque pourtant pas de saisir le spectateur sans préjugés. La grande photo vous le fera peut-être sentir…?