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Paris, photo, humeurs, un peu de HTML/CSS pour faire sérieux. Feinte innocence et vraie naïveté (ou vice-versa). Encore un blog qui agite ses petits bras en couinant "Viens me lire !"

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Le beau navire

Il pleut.

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse !
Les diverses beautés qui parent ta jeunesse ;
Je veux te peindre ta beauté,
Où l'enfance s'allie à la maturité.

Il pleut, les gens sont encore pâles en cette sortie d'hiver.

Quand tu vas balayant l'air de ta jupe large,
Tu fais l'effet d'un beau vaisseau qui prend le large,
Chargé de toile, et va roulant
Suivant un rhythme doux, et paresseux, et lent.

Pâles et emballés dans des vêtements sombres.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses,
Ta tête se pavane avec d'étranges grâces;
D'un air placide et triomphant
Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

La demoiselle est jolie. Très jolie.

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse !
Les diverses beautés qui parent ta jeunesse ;
Je veux te peindre ta beauté,
Où l'enfance s'allie à la maturité.

Jolie, toute dorée, souriante.

Ta gorge qui s'avance et qui pousse la moire,
Ta gorge triomphante est une belle armoire
Dont les panneaux bombés et clairs
Comme les boucliers accrochent des éclairs ;

Peu vêtue, très peu vêtue.

Boucliers provoquants, armés de pointes roses !
Armoire à doux secrets, pleine de bonnes choses,
De vins, de parfums, de liqueurs
Qui feraient délirer les cerveaux et les coeurs !

Pourtant décente, par la grâce de quelques mains d'étoffe.

Quand tu vas balayant l'air de ta jupe large
Tu fais l'effet d'un beau vaisseau qui prend le large,
Chargé de toile, et va roulant
Suivant un rhythme doux, et paresseux, et lent.

Il n'y aucun mystère, la demoiselle ne fait que son métier de jolie fille élégamment déshabillée à contre-saison.

Tes nobles jambes, sous les volants qu'elles chassent,
Tourmentent les désirs obscurs et les agacent,
Comme deux sorcières qui font
Tourner un philtre noir dans un vase profond.

La demoiselle est une affiche d'abribus. Les bus passent, les flaques clapotent, les portes chuintent, les gens montent et descendent, la demoiselle reste.

Tes bras, qui se joueraient des précoces hercules,
Sont des boas luisants les solides émules,
Faits pour serrer obstinément,
Comme pour l'imprimer dans ton coeur, ton amant.

La demoiselle gagne sa vie, en promouvant ce complexe gréement de soie, de rubans, de broderie, de dentelles qu'on nomme, me semble-t-il, lingerie.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses,
Ta tête se pavane avec d'étranges grâces ;
D'un air placide et triomphant
Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

La demoiselle se sait-elle baudelairienne ?

(pardon, Charles)
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A
Ce n'était certes pas de la littérature,<br /> Mais ça avait des pieds, six fois deux, et rimait. <br /> On n'a pas besoin de chercher le beau, le "pur"<br /> Lorsque l'auteur s'amuse, son art au public plaît. ;-)
Répondre
M
<br /> Pouce !<br /> <br /> <br />
A
Raison de plus pour retenter le coup - tu peux difficilement faire pire. :-)<br /> J'ai vu un jour, dans un bouquin de Vargas, je crois, un personnage qui ne parlait qu'en alexandrins...
Répondre
M
<br /> Il faudrait donc alexandriser, à mon âge ?<br /> Tu invoques de Fred Vargas le patronage :<br /> Pensée délicate, geste très généreux,<br /> Le résultat en sera-t-il des plus heureux ?<br /> <br /> :-)<br /> <br /> <br />
A
Mais non enfin ! Oui, j'ai reconnu la manière baudelairienne, mais j'ai sincèrement cru que tu m'avais caché ce talent de poète-imitateur façon XIXe !<br /> <br /> Si bien que je suis juste terriblement déçue.<br /> <br /> Voilà.<br /> <br /> -sigh-
Répondre
M
<br /> Ciel, une admiratrice déçue... Journée pourrie...<br /> Ma dernière tentative d'alexandrin (il y a... longtemps) comptait treize pieds. Et demi. Selon qu'on chipotait ou non sur les diérèses. Depuis, je me contente de parasiter, respectueusement, ceux<br /> qui savent faire. C'est plus sage... :-)<br /> <br /> <br />
A
Ah non mais attends, je me contentais d'admirer ce talent tout baudelairien, louant TA maîtrise ! Tu t'es remarqué tout seul comme un grand. :))<br /> Ceci dit, le parisien monsieur devait effectivement prononcer ces deux a de la même façon ce qui prouve, si besoin était, que l'accent pointu (le mien) est loin d'être le meilleur.<br /> <br /> Pour les gens, Les Fleurs du Mal, Spleen et idéal, LII le Beau Navire.
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M
<br /> *impression confuse, persistante et très désagréable de me faire mettre en boîte... Grrr !*<br /> ;-)<br /> <br /> <br />
A
Roh, le stéphanois qui fait rimer "grâce" et "grasse" !<br /> La prononciation se perd, ma pauvre dame...<br /> <br /> Ceci dit : joli !
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M
<br /> Je te dois un aveu : les petites lignes où il faut compter jusqu'à douze, et qui te semblent malmener la prosodie, ne sont pas de moi... ;) Je pensais que personne ne le remarquerait, flûte,<br /> caramba, porca miseria !<br /> <br /> <br />