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Paris, photo, humeurs, un peu de HTML/CSS pour faire sérieux. Feinte innocence et vraie naïveté (ou vice-versa). Encore un blog qui agite ses petits bras en couinant "Viens me lire !"

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Un souvenir

Désolé : il n'est pas très gai – mais pas vraiment triste non plus.

Voilà un peu plus de trente ans mon père mourait après une ultime transfusion sanguine. Il est rentré chez lui en ambulance, accompagné par ma mère, sans doute déjà mort mais, officiellement,  décédé pendant le trajet  sans quoi la Sécurité Sociale fait les gros yeux ; ce doit être prescrit, depuis le temps. Il est rentré, on l'a remis au lit, lui a injecté dans les veines de quoi lui garder un aspect présentable pendant les quelques jours où ses amis lui ont rendu une dernière visite – certains venaient de loin.

Est arrivé le jour de l'enterrement. Trois (ou quatre ?) croque-morts se sont présentés, mine et tenue de circonstance, une petite valise à la main. Un dernier regard au mort, souhaitez-vous rester pour la mise en bière ? espérant la réponse négative qui leur permettrait de bosser tranquilles – car les cadavres sont peu coopératifs. Pas de chance : les clients veulent rester. On n'allait pas se quitter comme ça.

En vrais professionnels ils n'ont rien dit, ont dignement allongé le corps dans son cercueil posé sur des tréteaux tirés de la valise. Encore une pause, puis il faut fermer. Il ne s'agit jamais que d'une boîte dont on boulonne le couvercle. Travail de mécano, outillage de mécano : l'un des sombres joue du vilebrequin (encore la valise) tandis que, tous quatre debout autour du cercueil, nous le regardons faire.

Et –

Et il merdoie sur l'une des vis, s'y reprend à trois fois pour l'attraper correctement. Pas envie de rire mais je ne peux empêcher un sourcil de se hausser. Un seul, nettement désapprobateur : amateur, va. Mon frère, en face, voit le sourcil – et baisse la tête car lui a du mal à ne pas pouffer.

Nous avons rarement été aussi proches, aussi frangins – et je suis sûr que Papa, au moins ce qui en restait : cadavre froid, âme immortelle, double astral ou empreinte dans la mémoire de ses enfants… que Papa, ce fils unique, s'est marré de bon cœur comme il savait le faire.

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A
Pauvre garçon... Comme l'arbre qui ne fait peut-être pas de bruit en tombant si personne n'est là pour l'écouter, il aurait probablement réussi du premier coup sans les regards...<br /> Très joli souvenir, cela dit. Pas gai, non. Mais très vivant.
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M
<br /> Il était sans doute ému. Lui et ses collègues comptaient sur un "je ne veux pas voir ça" qui leur aurait bien simplifié la tâche - mais bon, ils ne pouvaient pas savoir que ce n'est pas le genre de<br /> la maison... Cela dit, l'intermède était bienvenu dans des journées moyennement folichonnes, ce pourquoi le souvenir m'en est resté, sûrement. :-)<br /> <br /> <br />
A
Savoir saisir la joie dans des circonstances tristes, est une grâce dont on peut être content. il me semble que c'est un peu l'inverse de cette surprise qui saisit parfois, lorsque l'on vit un drame et que l'on voit soudain le monde continuer de tourner, indifférent ou cruel, selon son point de vue (faute de frappe, j'ai commencé par écrire "point de vie"...). C'est peut-être dans ces moments, volontiers qualifiés de "surréalistes" que l'on est au plus près du réel où la vie et la mort sont tout un, un instant comme les autres...<br /> Joli souvenir, merci.
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M
<br /> :-)<br /> Le monde tourne en effet. Nous sommes bien futiles de lui reprocher de ne pas le faire autour de nous, qui ne sommes que de passage. Il ne faut qu'y creuser sa place, en veillant à ne pas donner de<br /> coup de pelle à ceux auxquels on tient - et quand ça se produit on soigne sans barguigner.<br /> Bref : la joie, comme la chance, est affaire de regard - de sincérité du regard, qui n'est pas de la naïveté.<br /> (très intéressante, la faute de frappe...)<br /> <br /> <br />