Paris, photo, humeurs, un peu de HTML/CSS pour faire sérieux. Feinte innocence et vraie naïveté (ou vice-versa). Encore un blog qui agite ses petits bras en couinant "Viens me lire !"
Billet de pierres, d'ombre, de mémoire.
Vous voulez fuir la chaleur. Ou la pluie. Ou le bruit. Ou…
Faites comme le Robinson de Michel Tournier et cherchez une grotte. La plus belle, peut-être, de Paris a huit cents ans d'âge et vingt de résurrection. Allez au Louvre, au Louvre médiéval.
La forteresse érigée par Philippe Auguste au début du XIIIe siècle, puis transformée en résidence par Charles V un siècle et demi plus tard finit par être rasée pour laisser place à l'actuelle Cour Carrée. Ses fossés furent comblés. Comblés mais jamais oubliés : les travaux du Grand Louvre, au début des années 80, donnèrent l'occasion de fouiller la cour, d'aménager les fossés et de les ouvrir aux visiteurs.
Allez donc là, au pied des tours et des ponts-levis. Laissez passer les groupes qui ne rêvent que Joconde et Vénus de Milo, imaginez que vous nagez dans le fantôme de l'eau qui remplissait tout, cherchez sur les pierres les marques laissées par les tailleurs de pierre.
Ce ne sont pas des gestes artistiques ni des messages pour la postérité (au fond d'un fossé ?), seulement les signatures d'illettrés habiles et payés à la pièce. Un cœur ou un hameçon dans une pierre : tout ce qui reste d'un anonyme après huit siècles – et c'est encore beaucoup, et c'est à portée de votre main (mais on ne touche pas !).
Avancez encore, virez la tour d'angle comme on vire une bouée, perdez de vue la maquette qui vous a accueilli à l'entrée, la lumière éclatante des couloirs venus de la pyramide : vous êtes au grand large, perdu en terre et en pénombre.
Avancez toujours entre les rives de pierre, sous le ciel de béton brut, empruntez l'étroit passage qui mène au donjon, faites-en le tour sans hâte.
Revenu au jour vous trouverez le monde extérieur bien étrange, nettement anachronique – il n'est pas dit que vous ayez tort.