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Paris, photo, humeurs, un peu de HTML/CSS pour faire sérieux. Feinte innocence et vraie naïveté (ou vice-versa). Encore un blog qui agite ses petits bras en couinant "Viens me lire !"

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À propos d'une salamandre [2]

L'histoire ne s'arrête pas là parce que, lorsqu'on s'intéresse à la première duchesse d'Étampes, donc aux débuts de la Renaissance en France, on tombe fatalement sur une autre superstar : Diane de Poitiers.

Diane de Poitiers (Anonyme,BNF)

De neuf ans plus âgée qu'Anne de Pisseleu, vite orpheline de mère, elle passe sa jeunesse dans l'entourage d'Anne de Beaujeu – fille de Louis XI, énergique régente du royaume pendant la minorité de son frère Charles VIII. Diane est donc tôt dans le grand bain de la Cour. Elle épouse à quinze ans le sénéchal de Brézé, de quarante ans son aîné, lui donnera deux filles, et sera veuve à 31 ans, statut social inattaquable. La voilà dame d'honneur de Claude de France (la reine Claude, les prunes…), première épouse de François Ier, puis de la reine mère Louise de Savoie, enfin de la reine Éléonore, deuxième épouse de François Ier : classique carrière de jeune femme bien née.

On la distingue finalement assez peu dans les débuts du règne, belle dame parmi beaucoup d'autres. Son père, cependant, se trouva impliqué dans la trahison du Connétable de Bourbon, impliqué si fort qu'il porta un très grand chapeau, chapeau dont la justice royale entendit le débarrasser en même temps que de sa tête. La fille entreprit de sauver le père, la grâce parvint in extremis, au sens propre : sur l'échafaud. On dit que Diane ne fut jamais la maîtresse de François Ier, que la légende tenace n'est que calomnie. Possible. Si je me rappelle bien l'on dit aussi que son père, tout éberlué d'échapper à la hache, s'exclama  Béni soit le c… de ma fille qui vient de me sauver la vie ! . Se non è vero…

François Ier avait eu sept enfants, quatre filles dont deux moururent jeunes et trois fils. Les deux premiers, on l'a dit, partirent en 1526 remplacer leur père pour une captivité de presque quatre ans. L'aîné, le Dauphin François, avait huit ans et le cadet Henri, sept. Rude et solitaire enfance en terre ennemie… Henri tua le temps en lisant  Amadis de Gaule , interminable roman d'une chevalerie qu'on commençait à idéaliser maintenant que le Moyen Âge disparaissait (de cet ouvrage, écrit en espagnol, Cervantès estimait tellement les quatre premiers livres qu'il le mettra dans la bibliothèque de don Quichotte, et ce n'est pas un hasard). Diane, de vingt ans l'aînée du petit prince, lui avait donné au moment du départ le baiser d'adieu à la place de sa mère, morte depuis deux ans. Le petit Henri a-t-il fait de Diane sa  Dame idéale  ? Allez savoir…

Henri II (François Clouet,BNF)

Un jour de 1530, rançon payée et complétée par le remariage de leur père avec Éléonore, sœur de Charles Quint (n'imaginez pas une idylle flamboyante avec la sœur de l'ennemi : sexy comme une Habsbourg, la frangine), les deux garçons rentrent en France. L'aîné semble avoir marché sur les traces de papa, tout de charme et de prestance, mais le cadet a rapporté de sa captivité espagnole un caractère renfermé et pas marrant. Ce qui embête sérieusement son père lorsque François meurt à 18 ans, en 1536. Le chagrin privé se double en effet d'un gros souci politique : Henri, désormais Dauphin et futur roi, n'a pas le profil de l'emploi (et son père et lui se piffent très mal). Sa mère est morte, il ne faut pas trop compter sur sa belle-mère pour s'en occuper… Diane, que le roi juge  belle à voir et honnête à hanter , propose alors de se dévouer.

Que pensiez-vous ? Pour Henri elle est un idéal de beauté, de distinction, de culture… Il faudra deux années pleines pour qu'elle fasse don de sa personne à la cause. Autant dire : pour qu'Henri consomme le quasi-inceste – il est marié à Catherine de Médicis depuis 1533. Entre la maîtresse du père, trophée de vieux beau, et celle du fils, mère de substitution qui l'incite à ne pas délaisser son épouse, la rivalité sera féroce. Les amis de l'une sont en butte aux vexations de l'autre, les rumeurs venimeuses et les strophes de poètes appointés (et pas que des médiocres : Marot ou Ronsard) circulent… Pisseleu, picarde comme Calvin et soucieuse d'avant-gardisme, se fait protestante ? Poitiers en rajoute dans la dévotion ostensible – les guerres de Religion se préparent…

Le Temps dispose de tout et les deux femmes le savent très bien. Pisseleu tente de préparer l'avenir en se faisant bien voir du dernier fils, Charles d'Orléans, réputé très joli garçon bien qu'éborgné par la petite vérole. Brouille entre les deux frères, réconciliation. Chevauchant avec Henri vers Boulogne assiégée par les Anglais (eh oui, s'il n'y avait eu que Charles Quint…) Charles fait étape au camp du roi. Pas content de sa tente réglementaire il préfère loger en ville. Chochotte, va. En ville dans une maison où huit personnes viennent de mourir de la peste. Fi donc ! Pour tout vaccin il déclare que  jamais fils de France n'est mort de la peste , se couche tranquille – et meurt quatre jours plus tard. Vanité des vanités.

À la mort de François Ier, (devenu épave syphilitique, un an et demi plus tard en 1547) sa maîtresse se retrouve donc sans aucun appui et va finir ses jours dans un oubli total. Diane de Poitiers triomphe, Henri lui offre Chenonceau dont elle fait l'admirable château qu'on voit encore – et aussi, entre autres cadeaux, le duché d'Étampes… la roue tourne.

Si l'on suit un auteur écrivant un siècle plus tard la vie reste brillante :  La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec autant d'éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux ; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n'en était pas moins violente, et il n'en donnait pas des témoignages moins éclatants.
Comme il réussissait admirablement dans tous les exercices du corps, il en faisait une de ses plus grandes occupations. 
(Madame de la Fayette, La Princesse de Clèves)

La roue tourne et le Temps dispose de tout.  Il réussissait admirablement dans tous les exercices du corps … En 1559, pan dans l'œil pour Henri II, quarante ans : coup de lance lors du tournoi (la chevalerie c'est dangereux) organisé pour le mariage de sa fille. Malgré Ambroise Paré, malgré Vésale appelé en renfort, malgré les condamnés à mort fournissant autant de cadavres à disséquer en urgence, il en meurt. Et voilà que vient le tour, si longtemps attendu, de Catherine de Médicis. Diane de Poitiers y perdra château, duché et bijoux, on y gagnera la place des Vosges et une série de bonnes petites guerres civiles bien atroces, jusqu'à Henri IV.

Mais ne déroulons pas tout le film. Qu'il nous suffise, partis d'une salamandre mystérieuse, d'aller d'une pierre à une autre. Traversons la Seine, entrons dans la Cour Carrée du Louvre pour y chercher un monogramme d'Henri II : le H de son prénom enlacé au C de son épouse.

Monogramme d'Henri II (Louvre, Cour Carrée)

Comment, comment, vous apercevez aussi un D ?

Et pourtant l'histoire ne s'arrête pas encore là…


Le portrait de Diane de Poitiers (auteur inconnu) et celui d'Henri II par François Clouet se trouvent au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale.


Ultime friandise : il y a eu un film sur Diane de Poitiers, avec Lana Turner dans le rôle-titre et, pour incarner Henri II… Roger Moore – je demande à voir !


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