Paris, photo, humeurs, un peu de HTML/CSS pour faire sérieux. Feinte innocence et vraie naïveté (ou vice-versa). Encore un blog qui agite ses petits bras en couinant "Viens me lire !"
L'allumette brûle.
Ne regarder qu'elle, la dresser pour retarder la flamme, l'abaisser pour la ranimer, mais rien jamais ne l'arrête en chemin. Alors prolonger le chemin, d'allumette en allumette. Sommet d'héroïsme et de virtuosité : tenir l'extrémité toujours plus chaude du bout des doigts, puis du bout du bout des doigts, puis entre deux ongles pour laisser au bout soufré le temps de refroidir un peu, renverser soudain la prise en attrapant l'agonisante par ce bout soufré et passer prestement la flamme à une nouvelle, qui éclate de lumière comme on éclate de rire, tandis que l'autre va au bout de son destin.
Le petit triangle jaune et bleu, seule récompense et justification de cette agilité que personne ne loue – et tant mieux, peut-être – renaît bientôt pour reprendre sa dévoration sereine. Rien de plus beau, apaisant, qu'une flamme d'allumette, calme et nette, régulière, silencieuse. La flamme du gaz, son chuintement, sa forme toujours pareille… imposture : toujours là, dociles, stupides, utiles. La flamme d'allumette est belle d'être précaire, indocile, d'exiger des égards.
L'allumette meurt, la flamme perdure – pourvu que l'on y veille.
L'enfant en prend soin autant qu'il le ferait d'un chat ou d'un hamster, s'il en avait un, s'il n'y avait pas et qui donc finira par changer la litière ?
– triste et infrangible vérité.
L'enfant, sage, joue avec ses allumettes debout devant l'évier de la cuisine – là c'est permis, on ne peut pas tout défendre n'est-ce pas ? Et puis, il a toujours été très raisonnable. On se contente de ce qu'on a.
Il aimera les chats, contempler, les femmes indépendantes et bonnes. Il agacera et désolera et charmera et intriguera tout le monde. Il ne comprendra jamais pourquoi.
Un véritable fumeur de pipe n'utilise pas de briquet. Il n'y a aucun rapport. Aucun.