Paris, photo, humeurs, un peu de HTML/CSS pour faire sérieux. Feinte innocence et vraie naïveté (ou vice-versa). Encore un blog qui agite ses petits bras en couinant "Viens me lire !"
Moi je demandais rien à personne, et voilà qu'Ardalia se prend pour Victor Hugo, que Djac Baweur se prend pour un anatidé sur celluloïd, tout ça parce que Jean-Michel Ucciani a pété le câble qui l'empêchait de se prendre pour Picasso.
Et que ces faux frères s'attendent à ce que j'en fasse autant. Chiche ? Mais de qui s'inspirer ? Pas eu envie de chercher trop loin, voici donc…
Quelle brume, ce matin … Et dire qu'on est en juin, y a plus de saisons.
Je ne me plains pas, notez, je me tiens encore droite sur mes pieds, mes articulations me laissent tranquille, et j'ai gardé la vue perçante. Tant qu'on a la santé, hein ?
Mon chapeau, où donc ai-je fourré mon chapeau ?
Mais que je suis sotte : je l'ai déjà sur la tête puisque j'ai dormi avec ! N'est-ce pas qu'on dirait un vrai chapeau de catherinette ? Avec ses p'tites loupiottes toutes neuves et ses grandes plumes en acier, on jurerait des vraies. Le chic de Paris, on a beau dire, c'est d'abord la qualité, la sobriété, plus la petite touche de dinguerie qui fait la différence. Comprendront jamais ça, en Amérique ou en Allemagne.
Du boulot en permanence, aussi : où en est mon fond de teint ? Mmmouais… ça tiendra encore un moment mais il faudra s'en occuper. Ahhhh l'institut de beauté… tous ces grands beaux jeunes gens avec leurs petits pinceaux qui me font des chatouilles dans tous les recoins… Rhhm, pardon, j'oubliais qu'il y a de jeunes lecteurs.
N'empêche que le temps passe… Ah folle jeunesse ! Mon papa Tatave si fier de sa grande fifille qu'il s'aménage un amour de petit salon chez moi rien que pour lui, pour être tout près de son bébé chéri, les scandales (il faut toujours un scandale pour être vraiment lancée), les polémiques, les concours stupides, les admirateurs … Rendez-vous compte, certains se sont suicidés ! On a beau dire, ça flatte – mais chut, hein, strictement entre nous.
Ces folies, ça ne dure qu'un temps, et Tatave était quand même bien embêté : que faire de sa greluche ? Il doit y avoir un bon Dieu : voilà-t-il pas qu'un militaire s'amourache de moi ? Et un général, en plus ? Persuadé que je ferai son bonheur – ah, il était gentil comme tout, je n'allais pas lui dire non. J'étais casée, je faisais partie des meubles, plus personne n'osait me critiquer, et surtout mon Tatave était heureux. On a beau dire, mais la respectabilité bourgeoise a tout de même de bons côtés.
Dites donc, pour la brume, ça ne s'arrange toujours pas… Bah, faut voir le bon côté : au moins je n'aperçois plus le Sacré-Coeur sur sa butte. Rendez-vous compte : tous les matins au réveil, devoir contempler cette vaniteuse obscénité mamelue, confite en dévotion ! Espèce de bigote, va ! Fausse vertu !
Où en étais-je restée ? Ah oui : les joies du mariage. Pas trop pesant, le mariage : j'avais toujours des amoureux, des peintres, des poètes, des artistes d'avant-garde, des vrais ! Des naïfs intrépides, prêts à n'importe quoi pour se faire remarquer.
J'en connais qui ne peuvent pas en dire autant – suivez mon regard. Mais non, pas par là – là-bas, de l'autre côté de la pelouse : vous la voyez, l'autre grande bringue là-bas ? Tu montes chéri, que j't'emmène au ciel ? Comme les musées, celle-là : tout le monde visite et personne n'achète. L'a beau se saper en noir pour faire cadre sup', c'est pas la même classe, ah non alors ! Pééétasse !
Excusez-moi, j'ai encore un peu perdu le fil. Je vous disais ? Ah oui : je dois rendre cette justice à mon général qu'il n'était pas jaloux. Et puis savant comme tout, mon Ferrié : je n'ai jamais rien compris à ses travaux, mais il a tout de même fini à l'Académie des Sciences ! Pas mal, non ?
Enfin… ça aussi c'est vieux.
Et puis mon grand homme à moi, ya pas, ça sera toujours mon papa, mon Tatave.
Vous n'aviez pas encore compris ? Gustave Eiffel, voyons – ah, cette brume, ça rend idiot !