Paris, photo, humeurs, un peu de HTML/CSS pour faire sérieux. Feinte innocence et vraie naïveté (ou vice-versa). Encore un blog qui agite ses petits bras en couinant "Viens me lire !"
Quel titre idiot, on dirait le nom d'une résidence de vacances pour retraités frileux. Pourtant…
Pourtant, l'autre jour à la toute fin de l'après-midi, je me trouvais dans le quartier de Saint-Séverin. Il n'y a qu'à la télé et la radio qu'on suppose que tout le monde connaît Paris et ses mots de passe. Comme on est mieux élevé dans un blog, laissez-moi vous en parler un peu.
Sur la rive gauche, entre la Seine et la montagne Sainte-Geneviève (oui c'est une montagne
, quand Montmartre n'a que le droit d'être une butte
– question d'ancienneté sans doute, et aussi de différence entre Paris et ses villages), au pied de la montagne donc, c'est un très vieux quartier épargné par Haussmann. Épargné mais serré de très près : le boulevard Saint-Michel à l'ouest, la Seine et les quais au nord, le boulevard Saint-Germain au sud composent un cadre strict – on ne rigole ni avec la commodité de la circulation ni avec le contrôle de la populace émeutière.
Pour la circulation il n'avait pas tort. Les rues sont là depuis le Moyen Âge au moins, et ne se sont guère élargies depuis : quand un côté en est moderne
, comprenez qu'il date du XVIIIème siècle… Même alors, les maisons se sont édifiées sur le parcellaire médiéval : de hautes bâtisses, larges de deux fenêtres, exceptionnellement trois, conçues pour loger une famille mais pas pour être divisées en appartements. Ravissantes du dehors, sans doute très inconfortables du dedans.
Restons dehors. Dans ces rues étroites et profondes, fantasques, au rez-de-chaussée des maisons ventrues les restaurants grecs ont pris la relève des rôtisseurs ; le serveur vante sa moussaka avec autant d'autorité que de bagout : pérennité de la boustifaille. J'étais venu avec des copains de taupe manger des brochettes entre deux oraux, un mois de juillet lointain et si chaud – première sortie parisienne en jeune homme
, début de la vraie vie, croyais-je. Bah.
Fondé par Georges Vitaly qui vient de mourir, le théâtre de la Huchette donne la Cantatrice Chauve
et la Leçon
depuis plus de 50 ans, imperturbable – il faudra tout de même que j'entre un jour. Pas très loin, le caveau de la Huchette, depuis la même époque, joue chaque soir du bon jazz, imperturbable lui aussi – là, je suis déjà entré.
Et puis il y a l'église Saint-Séverin, peinte par Robert Delaunay, Saint-Séverin prise depuis toujours dans le lacis des rues, Saint-Séverin bâtie dans cette belle pierre blonde et tendre d'Île-de-France, qui se prête si volontiers à la sculpture : en Auvergne ou en Bretagne, les tailleurs de pierre sont aussi adroits qu'ailleurs mais ils doivent travailler du granit, moins complaisant envers les rinceaux et feuilles d'acanthe. Au crépuscule, quand le ciel est clair comme il l'était ce jour-là, le calcaire parisien sort le grand jeu et passe par toutes les nuances de rose, de cuivre, de mandarine. Il suffit d'oublier le graillon et de lever les yeux.
En contournant Saint-Séverin, on arrive à Saint-Julien-le-Pauvre, la plus ancienne église de Paris. On trouve dedans une iconostase inattendue mais explicable, car l'église est aujourd'hui consacrée au culte catholique melchite (ce que signalent les bons guides), et dehors deux dalles de l'ancienne voie romaine de Lutèce à Orléans (ce qui n'a aucun rapport). La voie romaine existe toujours, c'est la rue Saint-Jacques – elle a un peu changé, depuis le temps. Dehors on trouve surtout le square René-Viviani que signalent tous les guides, même les mauvais, à cause de la vue sur Notre-Dame (et aussi du plus vieil arbre de Paris, composé aujourd'hui d'autant de bois que de ciment).
La vue sur Notre-Dame… Elle a beau être un classique, pourquoi jouer les blasés ? Elle reste une merveille.
Mais la vraie volupté, c'est de reculer à nouveau vers Saint-Julien, et là, en retrait de la cohue et des voitures, de laisser son regard errer du haut en bas de la façade à peine masquée par la dentelle des branchages encore nus. Faites donc l'expérience :
C'est trop grand, vous préfériez chercher vous-même ? Cliquez donc ici.
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Si j'avais pu, à ce moment-là, poser la main sur la pierre, je sais qu'elle aurait frémi. Je sais aussi que cette certitude ne tient pas debout – tant pis, c'est ça l'amour.
Cinq minutes plus tard, tout s'éteignait et la façade entrait dans le soir.
L'effet de lucarne n'est pas une erreur de mise en page, c'est exprès ; mais si vous voulez voir la photo entière cliquez ici – attention, c'est très grand !