Paris, photo, humeurs, un peu de HTML/CSS pour faire sérieux. Feinte innocence et vraie naïveté (ou vice-versa). Encore un blog qui agite ses petits bras en couinant "Viens me lire !"
La pluie menaçait, j'avais le ventre creux : deux raisons d'entrer dans ce petit bistro inconnu.
Une bière, un sandwich, le Parisien
proposé par la maison – si seulement je pouvais ensuite allumer ma bouffarde, le bien-être serait total. N'en demandons pas trop. Ayant paré au plus pressé, il est temps de regarder l'endroit.
Du foot sur écran géant – le son coupé, c'est déjà ça – musique latino en sourdine pour combattre la grisaille sans gêner les conversations d'habitués… on est bien. L'accent du patron vient de très loin, le pain est frais et les rillettes savoureuses (pas de cornichons merci, je me suffis bien), trois œufs durs sur le comptoir. Classique ? Peut-être pas, cherchons.
Le café a dû changer de direction, ou au moins de décoration, il n'y a pas très longtemps : le faux plafond a disparu, cependant les bouches d'aération sont encore là. Au-dessus des clients elles planent au bout de leurs conduits bien visibles, gros intestins métallisés luisant dans la pénombre – les probables néons ont disparu eux aussi, ne demeurent plus que quelques spots discrets pour épauler le jour d'hiver, empêcher la taverne de virer caverne – pardon, un très vieux faible pour les jeux de mots désolants.
Dans cette lumière apaisante une dame tranquille au fond de la salle lit un livre, près de la porte un sosie de David Bowie (jeune) sirote un Coca en cajolant le bébé qui lui dort sur le ventre, dans son harnais matelassé. Un autre sosie de Bowie, barbe méticuleusement négligée, entre un peu plus tard, se dirige vers le premier et commande un café après avoir claqué une bise au buveur de Coca. Ça me surprendra toujours un peu mais bon, je viens d'une autre époque.
Un type à une table, dans le coin, palabre dur dans son téléphone portable. La scène est banale, la table beaucoup moins : elle ferait un bureau très convenable dans un ministère du faubourg Saint-Germain, du coup le quidam évoque un dir'cab surmené plutôt qu'un pilier de bistro.
Je savais bien que ce troquet avait quelque chose de particulier… Le proche faubourg Saint-Antoine s'y montre un peu partout, des moulures rococo gambadent sous le zinc. Si les chaises sont d'honnêtes repose-fessiers en bois cintré, le troupeau de tables marquetées, ornées de bronzes, semble sorti tout droit du Mobilier National.
On a beau dire, Pantruche c'est spécial.