Paris, photo, humeurs, un peu de HTML/CSS pour faire sérieux. Feinte innocence et vraie naïveté (ou vice-versa). Encore un blog qui agite ses petits bras en couinant "Viens me lire !"
Article ingénu, peut-être bougon, certainement imprudent.
Adonc il n'est plus permis de fumer (du tabac, s'entend) dans les lieux publics, les restaurants… et même les bars-tabac. C'est très bien, c'est très très bien. Vraiment très bien. La vertu progresse.
Rien de tel que la loi et les amendes pour faire progresser la vertu, c'est ce que j'ai fini par comprendre. Avant, quand j'étais jeune (il y a… quelques semestres, dirons-nous), j'étais naïf, je pensais qu'un peu de politesse et de bonne volonté pouvait suffire à organiser les relations avec mes semblables – et qu'eux aussi étaient de cet avis.
J'avais par exemple appris qu'on ne fume pas à table, point. Ciel, un tabou ! À défaut de courtoisie (qui est une de mes nombreuses tares : je ne suis pas un gagneur win-win doté d'un leadership charismatique, je fais attention à mon prochain), l'égoïsme intelligent me semblait conduire au même résultat : ça gâche le goût des aliments, et c'est bien désinvolte envers le travail du cuisinier (voilà que ça me reprend : puisqu'on le paye, ce cuistot, tout est dit, non ? J'ai vraiment rien compris). Il fut un temps où un restaurateur connaissant son métier apportait d'autorité le café et l'addition au client qui en grillait une après les entrées… La clope entre deux plats a toujours fait dégringoler beaucoup de gens dans mon estime – dont certains sont devenus d'inflexibles censeurs, comme ces courtisanes qui finissaient mères supérieures.
J'avais aussi appris qu'on demande si ça dérange, et qu'une réponse négative n'était pas une attaque personnelle – comme c'est vieux jeu, tout ça. Question intéressante et générale : demander à qui ? ou plutôt, à combien de personnes ? Si ce sont des connaissances, l'effectif peut monter à une dizaine sans qu'aucune n'objecte : les liens amicaux, une forme de pression du groupe, l'idée que cette concession sera tôt ou tard payée de retour… inclinent à l'indulgence.
Pour des étrangers réunis par le hasard, on ne dépasse guère trois ou quatre sans rencontrer un désaccord – et demander leur avis à quarante inconnus l'un après l'autre serait bien ridicule. Mais où, désormais, trouve-t-on une compagnie aussi restreinte ? Il n'y a plus de compartiments dans les trains – il faut bien gagner de la place. Un compartiment fumeur pouvait être plaisant, surtout si la chance l'attribuait à soi seul : avec un bon livre et une pipe, les cinq heures de train pour rejoindre la machine à laver maternelle et le frigo assorti passaient plus agréablement. Mon pauvre monsieur, avec le TGV qui donc reste encore cinq heures dans un train ? Je connais de certaines lignes… mais passons.
Bref, l'homo modernus (latin non garanti) est ou bien tout seul, ou bien en foule – ce qui ne change pas grand-chose à sa solitude – et s'adapte donc au groupe. Cela est fort bien et dans l'ordre des choses, sinon où va-t-on ? Anarchie, mai 68, libertinage, débauche et libre-pensée… la fin du monde, inacceptable.
Adaptons-nous. Puisqu'on ne voyage plus à moins de quatre-vingts, et qu'en effet il n'est pas question de déranger quatre-vingts clampins avec une honnête bouffarde, veillons encore un peu plus sur leur tranquillité. Prévoyons des sanctions (une amende de 68 euros, par exemple, payable immédiatement), pour le dynamique décideur à forte voix qui discute ses contrats au téléphone. Ou pour la greluche gloussante. Ou pour le bambin hurleur. Ou pour le marmot geignard à qui sa mère glisse en vain des chut, chut, chut
inutiles pour ne pas perdre le fil des aventures de Cécilia Purgatoire dans Public-Match ; elle pourrait aussi se tourner vers le mouflet et lui dire Tu t'arrêtes
sur un certain ton sec, mais il lui faudrait lâcher sa revue – et Vanessa Bruni c'est important. Ou pour le bidasse qui… ah non, il n'y a plus de bidasses.
Emporté par l'amour du bien public, soucions-nous de la santé mentale de la nation. Cinq heures de télé quotidienne, ça rend con : qu'une loi impose aux fabricants l'extinction automatique du poste après un certain temps de fonctionnement et qu'il reste éteint jusqu'au lendemain. Un comité de sages pourrait avantageusement établir ces délais de salubrité, les pervers qui achèteraient plusieurs postes pour les regarder en alternance seraient pendus en place de Grève. Les récidivistes seraient écartelés, pour leur apprendre à vivre.
Promeuvons le principe de précaution : interdisons aux politiciens de faire des promesses, de crainte qu'ils ne les tiennent pas. Ou qu'ils les tiennent. Ou qu'ils en tiennent d'autres. Exigeons des éditeurs qu'ils ne publient que des livres qui vaudront le coup d'être relus dans cinq ans (ou dix ? autre comité de sages pour nous éclairer).
Le combat pour la santé est sans fin. Enfin si. Dans une boîte. De sapin.