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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 00:01

Norbert le geek est seul à la maison. Norbert le geek a l'estomac qui gargouille. Norbert le geek est tout désemparé.

Alors Norbert, en vrai geek qu'il est, utilise un réseau, il décroche le téléphone (sans fil) de la maison :  Allô Maman ?  et…


Scénario 1 :  …faim  : Norbert, sorti de ses gadgets communicants, est un abruti complet : rien au-dessus de la moëlle épinière, tout juste un cerveau reptilien. Appeler sa mère (au lieu de crever de faim sur place) et lui dire trois mots sont le sommet de son autonomie. Maman le sait, pousse un gros soupir, et s'apprête à lui expliquer en détail comment réchauffer un plat surgelé au micro-ondes.

Si encore il suffisait de dire :  va voir dans le congélateur, il y a de la blanquette de veau, réchauffe-la 5 minutes à 800W (vérifie tout de même sur le mode d'emploi)…  Non : un abruti complet.

Ça commence donc par  avance le pied droit, avance le gauche, avance le droit, etc.  ainsi de suite jusqu'à ce que le grand dadais atteigne le congélateur. Ça continue par le détail fastidieux de l'ouverture du congélo, du choix de la bonne boîte, du trajet vers le micro-ondes… Au prix de tous ces détails, et en ayant de plus prévu les contre-temps comme un mauvais rangement du congélo ou l'absence de blanquette (avec repli stratégique sur le gigot rôti), Norbert finira par se nourrir.

Décodage. Dans ce scénario Maman fait tout le travail intelligent : elle est l'ordinateur central ( ordinateur départemental  aussi bien que  mainframe  si vous avez croisé ces expressions) et Norbert, une fois le téléphone en main pour suivre ses instructions (et sa dernière lueur d'intelligence éteinte) est un terminal passif, un  dumb (ô combien !) terminal  (revoyez cet article).

Note : l'organisation de Maman dans ce scénario est très intéressante (les mères sont toujours organisées : pas le choix) et fournira la matière d'un prochain article.


Scénario 2 :  …j'ai faim, qu'est-ce que je dois faire ?  : l'hiver dernier le père Noël a apporté un cerveau à Norbert, pas encore le modèle complet mais enfin ça va beaucoup mieux. Norbert maîtrise le langage articulé et il se débrouille tout seul pour les procédures de la vie courante : circuler dans l'appartement, ouvrir une porte, identifier quelque chose dans un tiroir, etc. . Il lui manque encore des compétences pointues : estimer un temps de cuisson, composer un menu plus équilibré que pizza-frites-ketchup… mais la vie de Maman est transformée.

Elle peut s'adresser à lui comme à une personne normale (bien qu'ignare en cuisine) et lui dire ce que nous avions pensé tout à l'heure :  va voir dans le congélateur, il y a de la blanquette, etc.  : Norbert connaît ces diverses tâches élémentaires et sait s'en acquitter.

Décodage. Dans ce scénario Norbert demande un service (=idée de repas) à Maman : il est le client de ce service, elle en est le serveur. La précédente relation était (pardon pour les termes) de maître à esclave ou, plus exactement encore, d'intelligence à mécanisme, celle-ci est une relation entre analogues (bien qu'inégaux : deux  ordinateurs-et-leurs-programmes  de puissance différente). Norbert est un  client , il est même ce qu'on appelle un client léger : pas de connaissances spécialisées, mais assez de capacités générales pour soulager le serveur d'une grosse partie de son travail de  pas à pas .

Notez ici que  client  et  serveur  ne sont pas attachés à demeure aux deux protagonistes, ne sont pas liés à leur nature : quand Maman ne se dépatouille pas de son urgentissime présentation Powerpoint, que l'informaticien de sa boîte n'a pas le temps (mais pourquoi prendre encore la peine de le préciser ?), elle appelle Norbert et les rôles s'inversent pour la durée du dépannage. Norbert lui doit bien ça.


Scénario 3 :  …tu veux bien me faxer ta recette de daurade accompagnée d'un risotto au basilic ? S'il te plaît Maman ?  : le père Noël a encore frappé et Norbert sait maintenant faire la cuisine – accessoirement il a aussi appris les bonnes manières. Cette fois-ci il n'est plus question de téléguidage, même allégé par les réflexes simples du  client  : Norbert sait où trouver le sel, le poivre, les casseroles et la daurade (les plats surgelés sont bien oubliés), il demande simplement la recette qui lui manque, il se débrouillera tout seul ensuite.

Décodage. Il s'agit toujours d'une relation client-serveur, les rôles en sont tenus par les mêmes acteurs. Mais cette fois-ci le  client  possède une grande capacité de traitement, c'est un client lourd. Pas de différence de principe donc avec le scénario précédent, seulement une différence dans la répartition des compétences et la densité des informations échangées : moins nombreuses et plus synthétiques, le coup de fil sera moins long. La distinction entre  léger  et  lourd  relève plus de la commodité de langage que de la définition rigoureuse.

Décodage en léger hors-sujet : comment qualifier la recette faxée par Maman ? Ce n'est pas de la nourriture, seulement un document qui provoquera la production de nourriture par Norbert, au terme d'une suite d'actions de celui-ci, actions nommées dans la recette. On pourrait appeler ça un script. C'est commode, non ?


Application pratique. Vous avez évidemment une ou plusieurs boîtes mail. Vous savez que vous pouvez les consulter, au moins certaines, avec essentiellement deux outils : un programme installé sur votre ordinateur, comme Outlook Express ou Thunderbird, ou bien seulement avec votre navigateur Web (vous savez peut-être qu'on parle alors de  webmail ). Cette situation est typiquement du client-serveur :

  1. le service est l'ensemble de vos messages, à recevoir ou à expédier ;
  2. le programme installé sur votre ordinateur est un client lourd : il sait faire beaucoup de choses, vous pouvez même ne vous relier au réseau que pour envoyer et recevoir les messages. Pour les lire, les écrire, les classer, etc. vous pouvez couper la ligne ;
  3. le navigateur Web est un client léger : il n'a pas de capacités de courrier particulières, il n'a que ses talents de navigateur pour vous aider à employer l'application de gestion de messages qui, elle, réside sur le serveur. C'est déjà quelque chose : vous pouvez poser des marque-pages (signets, bookmarks…) sur certains dossiers voire certains messages mais, sans connexion au réseau, vous n'irez pas très loin.

Décodage d'ensemble : tout d'abord, commencez-vous à accepter l'idée qu'il n'y a pas de mystère, ni besoin de super-pouvoirs pour s'y retrouver ? J'aimerais bien… Quand Norbert se laisse aller, en toute bonne foi car c'est un bon garçon, à jargonner, Maman sait lui dire gentiment (important ça, la gentillesse) :  Parle-moi donc français, je veux seulement terminer cette présentation, pas tout savoir sur l'optimisation de Powerpoint – en tout cas pas aujourd'hui .

Et je crois bien que vous n'avez pas fini d'entendre parler de ces deux-là…

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