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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 19:08

Article de philosophe amateur (très) et dispersé (encore plus), caveat lector.


Cet article paraît dans la rubrique  Le regard du myope . Elle pourrait aussi bien s'intituler  Je ne sais pas  : si les articles en sont écrits par un faux naïf, ils sont inspirés par un vrai, un qui se demande  Pourquoi ? 

 Jeeee sais ,  Mais si, tu sais bien… ,  Comment, tu ne savais pas ? ,  Tu ne sais pas de quoi tu parles, alors ferme-la  : nous avons tous dit et entendu, subi et infligé toutes ces phrases au moins une fois, et certainement plusieurs. Il ne s'y joue pas tant de la connaissance que du pouvoir, de la prise de parole –  prise  se dirait plus clairement  conquête . Hochets.

Du même ordre est  je croyais que vous saviez tout  que, en guise de taquinerie acide, m'adressa un jour une dame me prenant en défaut, moi qui ai une teinture (et guère plus) de pas mal de choses disparates : bon à tout, propre à rien. Sotte madame qui espériez me vexer, vous en fûtes pour vos frais. Retournez à vos mots d'esprit faisandés et laissez-moi couper les cheveux en huit pour la distraction des lecteurs de bonne volonté.

Il y a ce qu'on, ce qu'un(e) sait et ne sait pas – solide platitude, non ?

Il y a ce dont on sait qu'on le sait et ce dont on sait qu'on ne le sait pas.

Épuisons le système : il y a enfin ce dont on ne sait pas qu'on le sait et ce dont on ne sait pas qu'on ne le sait pas.  Chez les Papous…  : ô Gaston Lagaffe, épistomologiste essentiel !

Onanisme conceptuel, vaines cabrioles verbales ? Que non, nous sommes au cœur du sujet. Quelques exemples concrets.

Je sais que je sais des choses en CSS et à propos de Paris, que je parle un anglais décent, un allemand moins bon qu'autrefois. Inutile d'insister, vous auriez pu écrire l'équivalent vous-même.

Je sais que je ne connais pas la langue chinoise, et ça ne m'empêche pas de dormir. Là encore, rien d'original. Pourtant cet aveu (pourquoi aveu ? de quelle faute ?) ne va déjà pas forcément de soi : Hic sunt leones ( ici il y a des lions ) écrivaient les géographes d'autrefois pour ne pas laisser de trop grands blancs sur les cartes d'Afrique, et faute de meilleurs renseignements.

Ne pas savoir qu'on sait est encore un peu plus subtil. Plutôt que de nous cacher derrière de graves savants à barbe épaisse et fort accent germanique, prenons un exemple d'écolier.

On me demandait si telle phrase devait s'écrire  j'aurai  ou  j'aurais . Le plus convaincant était le vieux truc d'institutrice : reformuler la phrase en changeant l'élément ambigu.  Tu auras  ou bien  tu aurais ,  nous aurons  ou bien  nous aurions  ? La réponse vient d'elle-même.

Très efficace mais ne marche que si le français est votre langue maternelle. Parce que vous baignez dedans depuis l'enfance, parce que vous avez  l'oreille  et  le sens de la langue , quand bien même vous avez oublié l'explication grammaticale précise, l'irréfutable démonstration du professeur. Vous savez que vous ne savez plus les détails de la grammaire, vous ne saviez plus que vous saviez encore distinguer une conjugaison correcte d'une fautive. On ne sait pas toujours qu'on sait.

Ne pas savoir qu'on ne sait pas est le cas le plus difficile, par sa nature même, et je serais (et pas  serai  : essayez donc, hé hé… ) bien en peine de vous en donner un exemple présent. Les exemples abondent pourtant mais ne peuvent venir que du passé.

Ceci, qui va donner un air sérieux : peu avant 1900 on croyait fermement la physique achevée. Ne restaient plus que des coefficients à préciser, des équations à affiner, des applications pratiques à imaginer : du travail pour ingénieurs besogneux. Les physiciens n'avaient plus que quelques phénomènes tordus, exotiques, minoritaires, pour s'occuper : amusettes d'aristocrates désœuvrés. Deux trublions bien documentés ont alors dit : et la relativité ? et la mécanique quantique ? Tout recommençait, on n'avait pas su, pas soupçonné jusque là qu'il y avait autre chose à savoir.

Cent ans plus tard on sait (plutôt : on constate) que ces deux théories nouvelles  marchent  très bien, chacune dans son domaine qui est vaste : le grand et le très grand pour la première, le tout petit pour la deuxième. On sait aussi, depuis le début, qu'elles sont inconciliables, mutuellement exclusives. C'est très énervant, alors on cherche l'unification puisqu'on ne peut écarter aucune des deux. On sait qu'on n'a pas encore trouvé. Peut-être ne sait-on pas qu'on ne sait pas (vous suivez ?) que la réponse (qui sera forcément provisoire, jusqu'au prochain trublion bien documenté) est complètement différente. Ce n'est pas moi qui vais répondre !

James Earl  Jimmy  Carter présida les États-Unis de 1976 (pas tout à fait) à 1980 (un peu plus). Beaucoup d'ex-présidents gagnent ensuite leur vie comme consultants de luxe ou conférenciers de prestige, ou savourent leur retraite. J.Carter est, à ma connaissance, le seul à conserver une activité pour le bien commun, activité qui lui a valu le Nobel de la Paix en 2002.

Je n'ai pas d'avis à donner sur cette activité ni sur son efficacité. J'en constate l'existence, je la crois désintéressée : empêcher les gens de s'entretuer n'est pas un bon moyen de faire fortune, n'importe quel marchand de canons vous le confirmera. J'en constate aussi l'unicité. Je me rappelle que, lorsque ce candidat parfaitement inconnu jusqu'alors, Jimmy  Who ?  Carter, commença d'intéresser l'opinion mondiale, les journalistes furent frappés de l'entendre souvent répondre  I don't know  aux questions à propos de tout et rien.

Donc n'hésitez pas à répondre  Je ne sais pas  (et, si la question était malveillante, à compléter in petto  et je t'emmerde ), vous aurez peut-être le Prix Nobel.

 Je ne sais pas  est le germe de toute connaissance, savoir le dire est le préalable de tout apprentissage. Savoir où l'on est, d'où l'on vient, et même savoir qu'on ne le sait pas clairement, pour savoir où l'on peut et veut aller. La liberté n'est pas l'absence de contraintes mais commence par la prise de conscience de ces contraintes. Les choix de raison sont de s'en accommoder ou de tenter de les repousser, pas de les nier. Henri Laborit rappelle que l'homme a rêvé d'Icare depuis toujours mais qu'on n'est pas allé sur la Lune sans passer d'abord par Newton et les lois de la gravitation.

 Je ne sais pas  signale un esprit libre.  Mais je vais me renseigner  marque un esprit fécond.  Merci de me l'avoir appris , un esprit honnête.

Il n'y a que les ignares pour tout savoir, que les imbéciles pour tout comprendre. Soyons juste : l'espèce humaine leur doit sans doute sa survie parce que  Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît .

N'empêche : scio nescio est une bonne maxime, hic sunt leones une tentation bien trop commune.

commentaires

Ardalia 30/08/2010 11:45


Je me dis juste parfois : "le jour où j'arrêterai de me poser des questions, je serai devenue une vieille conne." ce qui fait un peu comme une épée de dame aux clefs. Mais au fond, c'est sans doute
une erreur...


Malgré tout 30/08/2010 14:25



Je ne sais pas (oh pardon !). Un jour peut-être te poseras-tu moins de questions (qui sont très fatigantes), cela ne fera pas forcément de toi une vieille conne (déçue de l'apprendre ?). Tu
franchiras le pas le jour où tu seras sûre et certaine qu'il n'y a plus de questions.


L'épée de la dame aux clefs : aurais-tu croisé Sainte Pierrette ? :-D



Kiki 27/08/2010 12:14


Ben, les ami(e)s....
je vais maintenant COPIER cet article et tous les commentaires; et lire le tout une fois sérieusement et avec concentration quand j'ai du temps à passer (en RER ou métro, dans l'avion ou
ailleurs...) - et après je vais décider si j'ai finalement compris....
Peut-être je l'ai déjà dit: Je comprends vite mais il faut longtemps expliquer.... :)
MERCI pour tous les efforts de votre part, pour me permettre une éducation approfondie et tardive - et pour améliorer mon français!

Special thanks for the English info; I think I DO understand - but funnily I still hear my husband talking.... and it is getting worse with each further comment.... LOL :)))) Thanks a bunch!


Malgré tout 27/08/2010 12:28



Mazette ! Je ne vais plus savoir où me cacher ! J'espère qu'il n'y a pas trop de latin ? C'est un de mes péchés mignons : je sais que je ne sais plus le latin... (et je le regrette) :-)



Anna 27/08/2010 11:37


Dans mes bras !
Je te jure, tu me fais plaisir. Il m'est arrivé de bosser dans des milieux où on préfère crever qu'admettre qu'on ne sait pas quelque chose, du coup, pour expliquer quelque chose à quelqu'un, sors
tes avirons mon colon...
Ta remarque sur les milieux politiques est parfaitement juste aussi ; c'est parce que certains de nos politiques pensent qu'on les méprisera si ils disent qu'ils ne savent pas qu'ils en arrivent à
dire des énormités.
Note bien que je ne m'exclus pas du lot de ceux qui ne savent pas qu'ils ne savent pas ; avec les deux derniers soucis que j'ai eus sous Dotclear (pas graves, et vite résolus) j'ai appris plein de
choses dont j'ignorais jusqu'à l'existence.


Malgré tout 27/08/2010 12:20



Dans tes bras ? Ouh, avec plaisir ! :-D


Cet article joue sur du velours : "je ne sais pas" n'est une réponse spontanée pour personne, encore moins pour un homme (ou femme) politique qui, le plus souvent, représente, rassure, "idéalise"
(ou cherche à le faire) un groupe plus ou moins large. L'ignorance ne rassure pas, pourtant elle est bien là.


Ne pas savoir qu'on ne sait pas est notre lot à tous, dans tous les domaines. On devrait au moins accepter que 1-il y a des choses insoupçonnées, impensées 2-qu'elles ne sont pas moins
intéressantes ou significatives que ce que nous connaissons déjà. Plus on en apprend et mieux on mesure son ignorance...



Kiki 26/08/2010 22:23


:) tout à fait d'accord....
ces petites faiblesses linguistiques.... plutôt, plupart, 'pas mal bien'.... ce sont des (Suisse-)'Romandismes' et les français ont du mal à bien les apprécier (je ne parle pas de toi, tu semble
comprendre TOUT à FAIT.... :)
Mais je ne comprends toujours pas ton article - maybe je devrais prendre quelques leçons de français d'abord?! Ou lieu de donner de leçons d'anglais aux autres?!
Bonne nuit


Malgré tout 26/08/2010 23:00



Let's try it in english: things you know, things you don't know. Easy, I think. Things you know that you know = you are aware of your knowledge. Symmetrically, you may be aware of your ignorance
= you know that you don't know, and this too is real knowledge. But sometimes you're not aware of your knowledge : things you don't know that you know them, knowledge that you underestimate, take
for granted, never think about. The broadest domain, by far, is things that you don't know that you don't know them, things you don't even suspect - which give you some of the strongest moments
in your life when they come under your eyes.


All the paper revolves around that, trying to show this is a serious concern, not a mere play with ideas and words. :-)



Kiki 26/08/2010 22:06


....well - yes..... pour le jeune premier, non.... pour le 'papi' sur la deuxième 'apparition'.... mais ce n'est pas grave.... je suis bien servie..... :)
Je trouve aussi plutôt sympa, mon MM (mari magnifique) - la plupart du temps! LOL


Malgré tout 26/08/2010 22:13



"La plupart du temps" : c'est parfait !


"Jamais" ou "trop rarement" c'est triste, "tout le temps" c'est louche !



Kiki 26/08/2010 21:41


Je ne comprends rien..... :))))
tu parles comme mon mari; après une longue discussion on réalise: On comprend vite mais il faut (bloody) longtemps expliquer..... (encore LOL....)
A part de cela; je suis tellement intriguée par ta photo à l'appareil photo et comme tu te montres et disparaisses.... que je ne peux encore moins réfléchir que d'habit.... :(
Bonne nuit - et aussi à ton papa (? - plus vieux, plus beaucoup de cheveux?!) qui te remplace à ma gauche!


Malgré tout 26/08/2010 22:00



Hihi... me semble très sympathique, cet homme ! :-D (je veux dire : ton cher et tendre)


Les motifs des fonds animés sont tirés de photos publiées dans le blog, aucun ne fait partie de ma famille - et le photographe à éclipse n'est pas moi. Déçue ? :-D



Florence 26/08/2010 21:05


Mieux que ça... nous sommes sommes post-modernes.
Je dis nous car je pense, d'après vos points de référence, que nous devons être à peu près de la même génération.


Malgré tout 26/08/2010 21:54



Même génération : je le pense aussi. Post-moderne : cela a-t-il grand sens, voyons ?



Florence 26/08/2010 19:46


Jean Gabin - Jean-Loup Dabadie... il y a quelque temps déjà, n'est-ce pas ?


Malgré tout 26/08/2010 19:50



Je ne suis pas très moderne, j'admets ! :-D



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