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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 00:07

À l'avant du métro, le vrai avant du devant, il y a la cabine du conducteur.

N'y entrent que les membres de l'ordre, dont je ne suis pas, leurs protégés ou leurs grands-maîtres, dont je ne suis pas non plus. Mon avant à moi est celui des profanes, celui de tout le monde, l'avant de la première voiture. Il s'y découpe une petite porte à l'usage exclusif du demi-dieu ; elle ne s'ouvre que très rarement, on oublie sa nature de porte.

La porte est vitrée – un miroir.

Un jour on découvre fortuitement que le miroir n'a pas de tain. Curieux on s'approche, on se penche, on met une main en visière autour des yeux, puis les deux … on se découvre au bord d'un vertige horizontal noir, strié de lumières et de reflets mouvants. Seule la silhouette de l'épaule du conducteur empêche de chuter tout à fait.

À l'avant du métro on est debout entre jour et nuit – retranché de l'un pour mieux regarder l'autre.

Métro parisien vide (ça arrive !)

À l'avant du métro, après la glissade dans le tunnel, on aperçoit la flaque brillante de la station suivante.

Alors seulement l'instinct autorise à se détendre, bouger un peu, voire à balayer sa voiture d'un coup d'œil : tout va bien ?

Encore une étape franchie, ne vous inquiétez pas : vous êtes en bonnes mains.


Paris, métro, aperçu de la ligne 6 Paris, métro, aperçu de la ligne 6

À l'avant du métro, quelquefois, on sort de terre et le jeu s'inverse.

On roule en pleine lumière, le long des balcons du troisième ou quatrième étage ou, plus vertigineux encore, on traverse la Seine : la route n'est pas large et il faut viser droit, viser la rassurante bouche d'ombre de la prochaine station aérienne.


Paris, métro, aperçu de la ligne 6

À l'avant du métro on mesure la profonde justesse de l'expression  chemin de fer .


À l'avant du métro un petit garçon colle à la vitre dix doigts et un bout de nez – étoile en onze points. Ancien petit garçon, son père lui montre le secret : les deux mains comme ça, autour des yeux. Pour empêcher la lumière de gêner, tu comprends ? Il n'y a plus d'étoile mais deux curiosités unies, égales.

À l'avant du métro, sur la ligne 14, il n'y a pas de conducteur ; les voyageurs de l'avant affrontent le tunnel qui les aspire. Beaucoup affichent une indifférence étudiée lorsqu'aucun enfant ne peut les excuser. Cependant les sièges à cet endroit, curieusement, sont toujours occupés – même aux heures très creuses. Pourtant on voit mieux debout, les deux mains en visière, plaquées contre la vitre.

Vers l'avant de ce métro sans conducteur marche d'un pas intrépide une exploratrice de cinq ou six ans d'âge et trois pommes de hauteur. L'aventurière fonce vers l'attraction unique – non sans se retourner souvent vers sa mère remorquée à bout de bras.

À la porte de l'avant du métro s'adosse une jeune fille. Debout contre elle, son tendre lui glisse mots doux et bisous légers au creux de l'épaule. Il lève la tête, la vitre le happe, ses mains lâchent des hanches et montent à ses yeux… il oublie où il est. Statue de science et de patience, elle ne lui en veut pas – je le leur souhaite.

À l'avant du métro un monsieur tout seul, bien mis, du gris dans les cheveux, manteau de bonne laine, cravate élégante et mallette de chef, se penche et applique ses mains contre la vitre. L'étoile en onze points n'est pas très loin, le monsieur oublie ce qu'il est devenu et redevient qui il est. Avec un nœud papillon et une vieille serviette de cuir au lieu de cravate et mallette, avec Apollinaire dans une poche, c'était peut-être moi.

À l'avant du métro le temps ne coule plus, il tourbillonne.

On ne revient jamais indemne de l'avant du métro.

commentaires

american heroe 22/01/2010 19:50


j'aime beaucoup le métro parisien. bel hommage en mots que tu lui rends là...


Malgré tout 22/01/2010 22:29


Merci... Je suis assez partial envers le métro parisien, il suffit de lire le thème 'bu, métro,train' pour s'en convaincre :-)


Boobalechat 13/01/2010 19:11


alors,pour répondre a la question du post it:
sais pas si ca charge plus vite:j'ai une connexion tellement pourrie que même une page hyper light je rame donc bon..
.par contre ...(me demande pas pourquoi j'en sais rien),j'ai activé IE tab en visitant ton blog :et la beurk!

derechef je démarre mon IE7 en vrai et la :re-beurk!

je démarre le simulateur IEtester :sous IE6 ca dit "beurk"..par contre sous IE8 ca semble conforme

pourquoi beurk?

TOUS tes liens (titres article,menu dans le coins en hautn a droite des articles..bref tous...) sont dans un espèce de bleu (pas très harmonieux)

Donc vala je me permet de te le signaler au cas ou tu n'aurais pas prêté attention

capture

http://sd-1.archive-host.com/membres/images/18780967388263786/lien_bren.jpg


Wilhelm von Schmürz (de passage) 13/01/2010 19:41


Grrros soupir (qui ne t'est pas destiné) IE ne comprend pas color:inherit, à tous les coups. J'aurais pourtant bien cru...
Bon, apuka détricoter toute une manche... :(
Merci pour l'alerte.


Anna 06/01/2010 12:30


En 2010, je prends toujours autant de plaisir à te lire. Bonne nouvelle, non ?


Qui a des idées de pseudo ? 06/01/2010 14:26


Excellente ! :-)))


Rolvel 03/01/2010 21:50


Métro, Bonne année, santé!
;-)


Malgré tout 05/01/2010 02:43


Y a plus qu'à trouver un (fil) conducteur... :-)


mebahel 01/01/2010 14:35


"L'étoile en onze points n'est pas très loin, le monsieur oublie ce qu'il est devenu et redevient qui il est."

Pas mieux.

Et belle année nouvelle, Brendie :-)


brendie et autres hétéronymes 05/01/2010 02:42


itou :-)


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