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23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 20:07

Comme beaucoup de monde, j'entre de temps en temps dans un café – où je commande le plus souvent un, justement, café. Sans aucun souci statistique, je crois en avoir visité bien plus que d'appartements, de librairies ou de musées. Et vous ?

Ils sont un pilier de la mythologie nationale, du petit rade de campagne au grand café somptueux des beaux quartiers, en passant par le formica-néon et la brasserie élégante. À chacun ses critères de sélection. Le vraiment bon café, c'est chez moi que je le trouve : il faut donc chercher autre chose. Ce peut être un beau comptoir d'étain, le sourire de la patronne (plus rare), le confort des sièges… À l'usage, ceux où je me sens le plus à l'aise sont spacieux et proposent une bonne chaise et un guéridon stable dans un coin tranquille de la terrasse. Il y fait clair, le décor est d'un mauvais goût discret et passe-partout, les habitués bavardent sans remplir la salle de leurs aventures. J'aime pouvoir laisser traîner une oreille de temps en temps et la retirer pour revenir à mon livre, mon journal ou mon indolence. Le service est efficace sans flagornerie. Un lieu tranquille et vivant, sans piège, qui ne cherche pas à se faire prendre pour autre chose qu'un bistrot.


Une de mes haltes est une classique brasserie avec une terrasse arrondie d'où l'on voit les lions de bronze de la fontaine et où, dans mon souvenir, l'on sert un jus décent.

Le petit noir était resté décent, les lions étaient toujours là, mais les patrons avaient refait la déco. Enchâssé dans un fauteuil cylindrique, trop bas, orange et tête-de-nègre, je ne savais plus ni où caser mes jambes (parfois encombrantes) ni même comment caler mon postérieur (pourtant discret). La serveuse était jeune, avait un joli visage et savait travailler. Elle passait systématiquement un coup de chiffon sur les tables vides – et basses : son décolleté où je plongeais au vol à chaque fois était bien agréable, mais j'étais entré pour boire un café dans un bistrot, pas pour me rincer l'œil dans une maison de poupée ! Et mes vertèbres, alors ?

Maigre consolation : j'échappais (mais pour combien de temps encore ?) à la musique d'ambiance et aux écrans géants où les défilés de mannequins hautains alternent avec les matchs de foot – ou les clips.


Nombreux sont les cafés, au moins à Paris, qui se réaménagent ainsi, avec un ensemble troublant. Le changement de nom fait partie du kit : on parle de lounge,  salon , plutôt que de  café  – désormais réservé, sans doute, aux touristes en mal d'authenticité canaille. Simple tocade ? Mais non, et c'est bien là l'intéressant : comme l'expliquait un limonadier, l'opération est rentable et augmente le chiffre d'affaires. Pourquoi donc ? Parce que les clients se sentent plus  comme chez eux , restent plus longtemps et consomment davantage.

Honnête et travailleur Aveyronnais, tu as raison de veiller à tes intérêts et je ne te chercherai pas de poux dans la tête. Mais laisse-moi m'interroger tout de même.

Tout d'abord, c'est vraiment comme ça, chez eux ? Orange et marron ? Musiqué comme un ascenseur ? Avec un écran géant où de belles filles inaccessibles courent dans un champ d'épinards en se déhanchant sur les chansons du jour (je synthétise) ? Beuh, j'ai pas envie de me faire inviter. Ou, au moins, c'est ce qu'ils voudraient avoir chez eux ? Encore pire, et beuh derechef.

Admettons cependant l'argument : puisque c'est bon pour les affaires, ce doit être vrai.

Reste ce qui m'interloque vraiment : que chacun s'attende à trouver son  chez soi  partout – est-il donc si peu sûr de le retrouver  chez soi  ?

Ça a commencé avec la greffe d'écouteurs. Puis est venu le téléphone portable : celui qui s'échauffait tout seul dans la rue faisait sourire, désormais il communique et plus personne ne s'en étonne. Phénomène cousin, la vogue du roller : glisser sans fatigue en s'arrêtant le moins possible.

L'idéal, fréquemment rencontré, est de combiner tout cela.

Les élections approchent (vous êtes au courant ?), tout candidat proche des  vrais gens  ne répond plus depuis longtemps à  que pensez-vous de ?  ni même à  que ferez-vous pour nous ?  mais à  que ferez-vous pour moi ? .

S'isoler serait donc devenu si difficile et si essentiel qu'il faille en multiplier les succédanés ?

Notez que… je cause je cause, mais dans quoi ? Dans un blog. Si ce n'est pas une excroissance de la sphère privée, ça !


N'empêche : je préfère encore me dépayser dans tel grand café bruyant où, au comptoir, un petit Viet' sans âge, tout sec, discute avec un somptueux Africain en boubou de choses sérieuses comme le trot à Vincennes. Je préfère aussi le bistrot en bas de chez moi, avec son patron iranien, son flipper d'époque, le  Parisien  à disposition de la clientèle, ses serveurs portugais, italien et algérien, son entrecôte-purée et une très jolie carte des vins.

Je dois être un fossile vivant, un cœlacanthe des zincs : un bistrosaure.


Note de juillet 2008 : le progrès est en marche. Depuis que j'ai rédigé cet article, le grand café Viet/boubou/PMU s'est converti à l'orange et marron ; en bas de chez moi, un grand écran plat trône désormais au-dessus de l'emplacement du flipper disparu. Oh, misère…

commentaires

Jane 20/08/2010 13:38


même situation en province. Il est même nécessaire de demander au tenancier de changer le programme si des fessiers s'agitent un peu trop sous les yeux de mes tout petits, en prime la musique et le
message qu'elle distille est encore plus obscène.


Malgré tout 20/08/2010 23:55



Le progrès est en marche - et ça ne fait que commencer !



Anna 27/02/2007 09:19

Pas comme chez moi, j'évite TF1 au maximum et pour moi JPP est plus TF1 que TF1.

Malgré tout 27/02/2007 10:35

Que voilà une opinion surprenante ... ;-)

Eirinna 26/02/2007 22:13

Moi, non plus, je ne voudrais pas aller chez eux si ce genre de lieux y ressemblent.

Malgré tout 26/02/2007 22:13

eirinna> la réponse précédente s'adressait à Anna, les messages se sont croisés.L'amusant, c'est que je crois bien qu' un des meilleurs restaurants de Bruxelles s'appelle justement, et depuis longtemps, "Comme chez soi" - alors qu'on n'y mange pas du tout comme chez soi ! Là, j'irais volontiers ...

Anna 26/02/2007 17:48

Ils ont aussi mis une télé dans ma boîte à sandwichs habituelle. J'ai mangé une fois avec JPP (pas Papin, Pernaud) en fond sonore, et je ne compte pas recommencer...

Malgré tout 26/02/2007 23:05

Pourtant là, c'était vraiment comme chez soi !

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