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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 00:01

Billet de pierres, d'ombre, de mémoire.


Vous voulez fuir la chaleur. Ou la pluie. Ou le bruit. Ou…

Faites comme le Robinson de Michel Tournier et cherchez une grotte. La plus belle, peut-être, de Paris a huit cents ans d'âge et vingt de résurrection. Allez au Louvre, au Louvre médiéval.

La forteresse érigée par Philippe Auguste au début du XIIIe siècle, puis transformée en résidence par Charles V un siècle et demi plus tard finit par être rasée pour laisser place à l'actuelle Cour Carrée. Ses fossés furent comblés. Comblés mais jamais oubliés : les travaux du Grand Louvre, au début des années 80, donnèrent l'occasion de fouiller la cour, d'aménager les fossés et de les ouvrir aux visiteurs.

Fossés du Louvre médiéval

Allez donc là, au pied des tours et des ponts-levis. Laissez passer les groupes qui ne rêvent que Joconde et Vénus de Milo, imaginez que vous nagez dans le fantôme de l'eau qui remplissait tout, cherchez sur les pierres les marques laissées par les tailleurs de pierre.

Marque de tailleur de pierres (Louvre) Marque de tailleur de pierres (Louvre)

Marque de tailleur de pierres (Louvre) Marque de tailleur de pierres (Louvre)

Ce ne sont pas des gestes artistiques ni des messages pour la postérité (au fond d'un fossé ?), seulement les signatures d'illettrés habiles et payés à la pièce. Un cœur ou un hameçon dans une pierre : tout ce qui reste d'un anonyme après huit siècles – et c'est encore beaucoup, et c'est à portée de votre main (mais on ne touche pas !).

Fossés du Louvre médiéval

Avancez encore, virez la tour d'angle comme on vire une bouée, perdez de vue la maquette qui vous a accueilli à l'entrée, la lumière éclatante des couloirs venus de la pyramide : vous êtes au grand large, perdu en terre et en pénombre.

Avancez toujours entre les rives de pierre, sous le ciel de béton brut, empruntez l'étroit passage qui mène au donjon, faites-en le tour sans hâte.

Donjon de Philippe Auguste (1) Donjon de Philippe Auguste (2) Donjon de Philippe Auguste (3)

La vue complète (2700 pixels…)

La présentation normale.

Revenu au jour vous trouverez le monde extérieur bien étrange, nettement anachronique – il n'est pas dit que vous ayez tort.

par Malgré tout - dans Prétextes
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commentaires

ArdaliaH 27/08/2009 18:16

Ah marrant, quand on regarde la photo panoramique, les commentaires deviennent panoramiques aussi (pour un retour en fanfare...) !
Sinon, juste désolation de ne pouvoir aller (re)voir ça de plus près.

Malgré tout 28/08/2009 16:53


Yess.. TOUT devient panoramique,  et le résultat est souvent déroutant !
Pour soigner ton Panam'blues veux-tu que je t'envoie cette photo ? M'enfin il y a plus folichon...


mebahel 26/08/2009 11:35

En fait, est-ce que le vrai décalage tiendrait à ce passage de l'arrondi qui centre sur soi et protège, au carré/anguleux qui range en cases et agresse?

Malgré tout 26/08/2009 13:36


Boooonne question :-) Ce changement de géométrie influe sur le visiteur, c'est certain, je crois cependant qu'il n'est pas le seul pivot de l'histoire, qu'il s'intègre à autre chose.
Au départ ceci n'est pas une expérience thérapeutique ou artistique : c'est une forteresse, construite comme telle et sans autre préoccupation. On ne visite pas cette forteresse disparue, on n'en
visite que les restes. Et encore : on ne visite pas les restes (comme on pourrait partir à l'aventure dans les ruines d'un château perdu dans la nature), on visite la présentation qu'en donne le
musée, avec ses propres exigences de musée. On est en somme très loin du bâtiment réel bien qu'on se trouve en plein dedans...
Si les lieux accessibles sont commandés par l'état des ruines, le trajet et le sens de parcours pro/im-posés aux visiteurs sont un choix de l'architecte. Et là, en effet, il n'est sûrement pas
innocent que ce trajet commence par les fossés (larges, rectilignes, plutôt éclairés, une sorte de promenade austère) et continue par la découverte du donjon, aux allures nettement plus
matricielles. Pas indifférent non plus que la visite se termine par un autre passage pas très large et une expulsion abrupte vers la lumière : on en éprouve comme un tournis.
Le changement que tu relèves s'intègre donc à une expérience assez singulière d'inhumation (hé oui : on ne peut pas parler d'immersion, ici !) dans les années 1200... J'ai vu pas mal d'autres
estimables sites historiques, celui-ci est vraiment particulier.


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