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17 juillet 2006 1 17 /07 /juillet /2006 14:34

Portrait de Léon Bloy par Félix Vallotton

Préambule : Si le titre de cet article ne vous dit rien, précipitez-vous chez votre libraire pour lui demander  Exégèse des lieux communs , de Léon Bloy. Laissez tomber la lecture de ma prose, revenez plus tard, et soyez indulgent en comparant…


Dessin de Félix Vallotton, 1865-1925 (publié dans Le livre des masques de Remy de Gourmont, dont les deux tomes sont parus respectivement en 1896 et 1898 au Mercure de France)


 

 

Avertissement scrupuleux : ceci est le recyclage d'un texte déjà publié ailleurs.

Et maintenant, foin de la prose administrative et place au spectacle.


 Seuls les imbéciles ne changent jamais d'avis , dit-on.

Et on le dit souvent, dans notre beau pays où l'intelligence est rangée parmi les vertus cardinales, au-dessus même de la bonté ou de l'honnêteté.
On le dit souvent parce que personne, en ce beau pays, n'aime être compté au nombre des imbéciles.

La commode maxime que voilà, le bel apophtegme connu de tous.
Un peu trop commode, un peu trop souvent cité, ai-je pensé.
J'attache en effet un certain prix à la constance et à la droiture, sans pouvoir hélas toujours l'acquitter - l'un et l'autre défauts ne m'ont pas toujours facilité la vie, mais ne digressons pas.

Il fallait donc y regarder de plus près.

À qui profite surtout cette maxime ?

À ceux qui changent d'avis, cela paraît limpide. Et pour changer d'avis, on m'accordera sans difficulté, je pense, qu'il faut en avoir déjà un : plus on a d'avis, plus on est susceptible d'en devoir changer, et plus on recourt à notre propos. Les plus intéressés à son crédit, fort logiquement, seront ces puits de science qui ont un avis sur tout, de la mécanique ondulatoire à la psychologie des profondeurs en passant par l'art de réussir une mayonnaise. Ainsi que (j'allais oublier, quelle distraction !) la condition humaine et le résultat des prochaines élections – j'avais gardé le plus facile pour la fin.

J'ai bien dit  avis  et non  connaissances , que l'on m'entende bien.

Me fondant alors sur le quasi freudo-marxiste, et cependant antique et latin, principe que Is fecit cui prodest ( l'a fait celui qui en tire profit , ou encore  à qui profite le crime ? , ou encore  c'est la poule qui crie le plus fort qui a pondu l'oeuf ),

j'ai induit, en homme conséquent,

que




seuls les imbéciles ont un avis sur tout.




Je devrais peut-être créer une rubrique  Comment se faire des ennemis sans effort , non ? Ou bien suffira-t-il de prêcher par l'exemple ?

commentaires

C
Doit-on conclure que ceux qui n'ont d'avis sur rien s'en trouvent d'autant plus intelligents?<br /> Et que penser des individus qui, reconnaissant un égarement passagé, acceptent de changer d'avis pour adopter le vôtre?
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M
Questions intéressantes.1 - s'ils se trouvent plus intelligents, ils donnent par là même matière à en douter. Il est  d'écrasantes modesties ...  Pourquoi donc est-il si rare d'entendre "je ne sais pas" ? Parce que c'est compris comme synonyme de "il n'y a rien à savoir" ? Prendre la mesure de son ignorance est pourtant le début de la sagesse, l'idée n'a rien de très neuf.2 - le plus grand bien ! Même et surtout s'ils changent d'avis pour en prendre un encore différent du mien - parce que là, on peut commencer à vraiment converser.
J
N'as-tu pas honte de me raccourcir ainsi mes nuits.<br /> Je n'ai pas tout lu - trop fatigué! - mais je me suis régalé.<br /> J'y reviendrai.
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M
Ben alors ? Pas revenu ?
C
Je ne sais que dire ...
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M
C'est une précaution oratoire ? :-D

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