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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 11:42

Je suis tombé hier sur la réédition d'un petit livre à l'usage des voyageurs britanniques en France. Plutôt que d'un guide touristique il s'agit d'une présentation du pays, d'un traité de savoir-vivre et d'ethnologie pratique… d'une  Introduction au voyage  à la manière des guides Michelin. En voici quelques passages, un peu dans le désordre (les passages en gras le sont aussi dans le livre).

On rassure le lecteur sur son image de marque :

Les longues guerres contre l'Angleterre et les invasions récurrentes que nous menâmes en France n'ont laissé aucun ressentiment de la part des Français, qui ne nous reprochent rien, sauf peut-être d'avoir brûlé Jeanne d'Arc.

On l'avertit aussi de ne pas prendre la grosse tête :

Cependant, ils [ne sont] pas particulièrement impressionnés par les étrangers et ils ne leur accord[ent] pas un grand intérêt. Ce qui intéressait les Français, et continue de les intéresser, c'est la France : ils la considèrent comme une grande nation et une des plus anciennes. Et ils ont raison.

Tout un chapitre tente de lui expliquer le caractère national et certaines de ses particularités :

Un uniforme ou un règlement provoquent chez eux une même réaction épidermique : plutôt que d'obéir aveuglément, ils mettent la loi en doute et ne manquent pas de la critiquer s'ils l'estiment inutile.
Ils tiennent à la liberté de penser et de critiquer comme à la prunelle de leurs yeux.
Le Français aime se croire aussi important que son voisin. Il considérera comme une insulte qu'un étranger ne l'appelle pas  monsieur .
Globalement les Français, quel que soit leur revenu ou leur métier, ont une vision du monde que nous pourrions qualifier de  petite-bourgeoise .
La devise issue de la Révolution :  Liberté  et  Égalité  n'a jamais cessé de préoccuper les Français, parfois au détriment de la  Fraternité .

Aux considérations pratiques, aux observations précises, se mêlent les conseils de savoir-vivre et le démontage de quelques idées fausses :

Ils ne jouent pas au cricket.
Les jeux de cartes des Français diffèrent des nôtres et se déroulent souvent dans une atmosphère enfiévrée.
Rappelez-vous qu'en France on roule à droite, jamais à gauche.
Le Français moyen est, sans rien perdre de son sens pratique, généralement plus attentif à l'art que ne l'est l'Anglais moyen.
Ils ont peut-être des pièces plus petites et moins nombreuses, mais cela compte peu car les Français préfèrent recevoir au café ou au restaurant. Il faut être un ami proche pour qu'ils vous invitent chez eux.
Les Français boivent du vin comme nous de la bière. C'est la boisson nationale, une très bonne boisson, mais ils se saoûl[ent] bien moins que nous.
Si on vous offre du vin ou de l'alcool, n'oubliez pas que ces boissons sont plus fortes que celles auxquelles vous êtes habitués.
Les Français sont plus polis que la plupart d'entre nous. N'oubliez jamais de les appeler  Monsieur, Madame, Mademoiselle , de préférence à un simple  Hé ! .
S'il vous arrive de croire que la première jolie Française qui vous sourit se propose de danser le french cancan ou de vous inviter dans son lit, vous risquez de vous attirer de gros ennuis – et de compromettre nos relations avec eux.
Dans l'ensemble les Français se conforment, tout comme nous, aux conventions sociales. Il se trouve juste que leurs conventions diffèrent en partie des nôtres. Avant-guerre, des touristes britanniques furent choqués d'apprendre que les Français avaient autorisé les bordels. Eh bien, les touristes français en Angleterre furent parfois choqués de voir des couples faire l'amour dans les jardins publics.

Il y aussi des remarques sanitaires :

Une étude récente estime qu'un Français sur douze souffre de tuberculose. Les cas de syphilis, plus fréquents aux abords des casernes, touchent un huitième de la population.

Encore un livre humoristique mâtiné de french bashing ? Pas tout à fait. Ce livret a été distribué aux soldats britanniques avant leur venue en France, en 1944. On y rappelle aussi que

Chaque année, au moins 5000 Français ont été fusillés pour leurs activités de résistants – un toutes les deux heures.
… qu'on risque sa peau en écoutant la BBC et cependant
N'oubliez pas que lorsque la RAF bombarde [...] tuant et blessant des civils, les Français, qui savent à quel point nous essayons de viser de notre mieux, aident nos aviateurs, obligés de sauter en parachute lorsque leur appareil est touché, à échapper aux nazis, et qu'ils fleurissent les tombes de ceux qui se sont écrasés au sol.

Très émouvant et chaleureux petit bouquin.


 Quand vous serez en France , éditions  Les quatre chemins , (jolie) préface de Pierre Assouline, 9,90 euros. Le texte anglais est inclus dans l'ouvrage.

commentaires

Ardalia 09/05/2009 09:45

Si je le trouve, il y a au moins deux grands bretons qui en tirerons profit, n'en doute pas.
Dans mon village, le 8 mai se déroule ainsi : devant le monument au mort, dépôt de gerbes, récitation des noms et grades des gars du village, hymne national (chant des partisans si quelqu'un l'entame), , minute de silence. Transhumance jusqu'au cimetière, distant de 300 mètres, pour se retrouver devant les cinq tombes "des anglais", vibrant discours du maire et minute de silence. Même si "la France" m'a toujours paru un étrange concept, le récit des histoires de ces gens, eux aussi "morts pour la France", résonne encore avec une étrange force. C'est qu'ils nous ont bien aidés, les "rosbifs", quand même...

Malgré tout 09/05/2009 15:40


:)


christina 08/05/2009 23:09

et moi je n'ai pas bien compris ce "au détriment" de la fraternité, il me semblait que égalité et fraternité allaient plutôt de pair(e?) ?
(c'est quoi, french bashing ?)

Malgré tout 09/05/2009 15:28


Oui mais vous, vous êtes un coeur pur :)
(french bashing = raconter des histoires belges, en gros)


mebahel 08/05/2009 13:54

Ha oui,ca me dit qqchose.
Dans le même ordre d 'idée un manuel comme ça était diffusé pour les GIs, dans lequel on leur expliquait de pas oublier leurs capotes, au motif que mesdames mimi pinsons ayant la particularité de trimballer moult saletés seskuelles, et par ailleurs l'hygiène frenchie n'étant pas la meilleure au monde, fallait de prémunir des microbes et des crobes entier.
Ceci "Liberté et Égalité n'a jamais cessé de préoccuper les Français, parfois au détriment de la Fraternité." est particulièrement savoureux, notamment en ce moment, où le nain crypto fasciste et sa clique font table rase de l'égalité en le fustigeant sous le vocable d'égalitarisme.
Cela "Dans l'ensemble les Français se conforment, tout comme nous, aux conventions sociales. Il se trouve juste que leurs conventions diffèrent en partie des nôtres." est bien mignon aussi :-)))
Ca me fait penser que je viens d'apprendre qu'au Japon il est de la dernière muflerie de se moucher dans un mouchoir en pleine rue, mais que cracher fait partie du paysage.
En même temps, je n'irai jamais au japon, donc ça ira, je peux continuer à drainer (et trainer) mes allergies :-^)

Malgré tout 09/05/2009 15:27


Le manuel pour les GIs a été réédité aussi il n'y a pas très longtemps, à un moment de ... frictions entre les deux pays. Je n'en avais alors lu que des critiques, le bouquin semblait, là aussi,
moins caricatural que beaucoup d'autres - à propos d'hygiène par exemple, il indiquait que les Français étaient en effet sales, pour la bonne raison qu'ils n'avaient pas eu de savon convenable
pendant quatre ans... Il était sûrement plus ardu de faire comprendre la situation à de jeunes Américains qui n'avaient jusque là pas vu la guerre de près qu'à des Anglais qui savaient au moins ce
que sont un bombardement et le rationnement. Le manuel prend tout de même soin de leur rappeler qu'ici c'était pire et de ne rien acheter, marché noir ou pas : acheter du lait dans une ferme
revient à affamer les civils de la ville voisine. Quant aux passages sur les relations avec les femmes : on s'adresse dans les deux cas à de jeunes gars loin de leur maman. Cependant il y la
manière de dire les choses : le livre anglais leur demande de ne pas se fier à ce qu'ils imaginent de Montmartre et de se tenir aussi bien que chez eux, pas seulement de faire attention à leur
petite,euh... santé.
Les deux passages que tu relèves ensuite sont des classiques du genre, remarqués par tous les voyageurs - et pas faux, hélas pour le premier. Le passage sur la grandeur de la nation en est un
autre, mais la finale "Et ils ont raison" (and they have every reason to think so) ne peut venir que d'un homme qui aime ce pays.Ce genre de notations et plusieurs autres rendent ce petit bouquin
très attachant, je trouve.
PS : les Japonais ne savent pas ce qu'ils manquent ! :)


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