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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 00:00

La majeure partie du bâti parisien encore visible aujourd'hui s'est élevée entre le Second Empire et la guerre de 14. L'entre-deux-guerres n'a presque rien construit puis sont venus les années 60, le verre et le béton dans un style ou un non-style tout différent. Cependant Paris (tout Paris, pas seulement le centre historique) reste pour l'essentiel une ville de la fin d'un XIXe siècle mort à Sarajevo, le ciment du XXe siècle ayant surtout coulé dans une banlieue jusqu'alors pavillonnaire ou semi-rurale.

Des débuts de la IIIème République à la première guerre il était fréquent qu'un immeuble parisien point trop médiocre fût signé, sans cabotinage et sans dissimulation. Par l'architecte toujours, par l'entrepreneur assez souvent, par le sculpteur lorsqu'il y en avait un. Cela se remarque surtout à partir de 1890, lorsque la municipalité organisa des concours de façades pour stimuler le renouveau et l'embellissement de la ville. Premier lauréat : Hector Guimard – le monde est petit.

Trouver ces noms gravés tourne vite au jeu pour le flâneur, jeu mince et instructif : tel architecte rappelle soigneusement, vaniteusement, un diplôme rare, tel entrepreneur rajoute un  et fils  gage de sérieux et de durée… L'air de famille d'un pâté de maisons, confirmé par le retour des mêmes noms, dessine le tracé d'une opération immobilière sans doute fructueuse. Un de ces pâtés d'immeubles cossus montrait, près de chaque porte, une même double signature  Untel & Unautre, architectes , si ce n'est que le deuxième nom, sur tous les cartouches, avait été proprement éliminé au ciseau : brouille entre chers confrères ? procès interminables et finalement perdus ? Ainsi se peuplent les rues de fantômes légers, se forment des affections toutes personnelles pour des artistes oubliés.

L'obstination dans le futile et l'amour du hasard objectif livrent parfois de belles récompenses, comme ces deux noms lus sur un immeuble proche de la Nation :

 

Je certifie n'avoir retouché aucune des photos !

par Malgré tout - dans Prétextes
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commentaires

Roberto 28/03/2009 21:02

A mon avis, pour connaître si bien Paris tu ne dois pas, comme moi, être parisien. J'ai remarqué que les "autochtones" ignoraient en général pratiquement tout de leur quartier, leur rue, leur place; demander son chemin et obtenir une réponse relève parfois de l'exploit...

Je ne vais plus que rarement dans la capitale. Mais je regarderai avec encore plus d'attention la rue Parrot et ses immeubles.

Malgré tout 29/03/2009 12:34


Héhé... Bien vu, je suis un immigré ! Ton observation est juste : les natifs font moins attention. Je le vois aussi avec ma ville natale : je la regarde autrement et plus attentivement depuis que
je n'y vis plus.
Tu n'as plus qu'à te replonger dans le blog pour ramasser les indices plusieurs fois semés au fil des articles à propos de mes racines exotiques :-)


Roberto 28/03/2009 01:54

Je ne connaissais pas ce concours gagné par Guimard. Cela expliquerait donc la richesse de beaucoup de façades ? Y compris dans des quartiers où on ne lève guère les yeux au ciel. je pense au quartier de la gare de Lyon, rue Parrot par exemple si je ne me trompe pas.

Malgré tout 28/03/2009 15:41


Exactement. Rue Parrot tu ne te trompes pas et même, si tu marches un peu, tu remarqueras que plusieurs pâtés de maisons ont la même allure : plus hauts et plus richement décorés que les immeubles
de l'autre côté de la rue. Avec un plan tu constateras que ces pâtés s'inscrivent dans un pentagone dont un côté s'appuie sur le boulevard Diderot. Et si tu mets la main sur un vieux plan (fin XIX)
tu comprendras tout : c'est le périmètre de l'ancienne prison Mazas... :-)


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