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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 00:02

Article de sinuosités et d'escarpements.


Monaco m'est revenu en mémoire voilà quelques jours, ni revue ni télé n'y sont pour quelque chose.

Monaco est un pays extrêmement exotique, presque inconcevable pour un esprit français.

Si peu concevable que Raymond Aubrac, commissaire de la République à Marseille à la fin de la guerre, raconte qu'il demanda un jour à De Gaulle s'il pouvait annexer Monaco. Le général répondit à peu près :  Si vous en aviez pris l'initiative je vous aurais couvert mais puisque vous m'en demandez la permission, je ne peux que vous la refuser.  . Il ne s'agit pas que d'un mot féroce et bien balancé, dans la manière du grand homme. De Gaulle voulait que la France sortît de la guerre parmi les vainqueurs plutôt que parmi les obligés d'autres puissances ; homme conséquent et connaissant l'Histoire, il savait qu'une guerre en France n'est vraiment gagnée que si elle apporte du territoire, est irrévocablement perdue si elle en fait céder. Argent (un peu) et hommes (davantage) comptent aussi, sur le moment, mais la mémoire ne retient que les provinces et ce, depuis Hugues Capet au moins.

Faute de Monaco, qui a donc eu vraiment très chaud ce jour-là, faute de la Sarre qui eût pourtant agréablement arrondi la Lorraine (mais les Sarrois choisiront en 1955 de rester allemands), il se rabattra sur un tout petit morceau d'Italie, non loin de là : la haute vallée de la Roya, autour de Tende et de la Brigue, en amont de Vintimille restée italienne. Le gain semble dérisoire et cependant, pour ce lopin de montagne finalement annexé en 1947, on en viendra presque aux mains avec les Américains – en 1944 c'était culotté. Si vous passez dans le coin, oubliez pour un jour le bronze-fesses et montez jusqu'à la Brigue voir la chapelle Notre-Dame-des-Fontaines, c'est une pure splendeur, dans un décor qui vous rappellera que ce département est largement aussi alpestre que maritime.

Mais ni Aubrac, ni De Gaulle, ni les peintures de Canavesio et Baleison ne m'ont rappelé Monaco.

Monaco possède un merveilleux Musée Océanographique fondé par Albert Ier. Il créa aussi l'Institut Océanographique, un joli bâtiment dont le style nettement méditerranéen et les tuiles rondes donnent une touche de fantaisie à la rue Saint-Jacques, dans le Vème arrondissement.

Mais je n'arpentais pas la rue Saint-Jacques le jour où je me suis souvenu de Monaco.

Monaco multiplie, depuis plusieurs années, les gestes d'affirmation nationale. Le parler monégasque est remis à l'honneur, les plaques de rue sont bilingues, il est possible de le prendre en option au baccalauréat dans le lycée de la Principauté – et là seulement. La monnaie de Monaco, avant l'euro, était le franc monégasque. Une fois j'en ai tenu un, mêlé à des francs français. Il leur ressemblait beaucoup mais ne portait aucun emblème républicain.

Depuis une quinzaine d'années on téléphone entre la France et Monaco en passant par l'international – auparavant on l'appelait comme n'importe quelle ville du département. Monaco, cependant, figure toujours dans l'annuaire des Alpes-Maritimes. Depuis cette époque aussi, Monaco a un siège à l'ONU.

Monaco possède une académie de danse classique de niveau mondial.

Mais ONU, téléphone ou danse ne m'ont pas fait penser à Monaco.

Monaco soutient le sport national. Son club de foot, l'AS Monaco, joue bien sûr dans le championnat français où il tient son rang – un championnat purement monégasque serait vite expédié. Son stade, le stade Louis II, est un bijou de technique. Une installation unique au monde pour aider la pelouse à pousser, 18 500 places assises pour une population de 32 000 habitants où les étrangers sont majoritaires. Fabien Barthez confiait que jouer dans un stade vide surprend un peu au début, puis qu'on s'y fait. J'ai lu un jour une interview d'un judoka monégasque qui s'entraînait alors à côté, en France. Il expliquait que les relations étaient simples et cordiales avec ses camarades de club – si ce n'est que lui était assuré de participer aux Jeux Olympiques.

Mais ni judo ni foot ne m'ont fait penser à Monaco.

Monaco est un rêve de sécurité, où des caméras accueillent le visiteur dès la sortie du parking, où la police rapporte à la pauvre dame riche dévalisée son bien, quelques heures plus tard et dans sa chambre d'hôtel – en lui conseillant gentiment de ne pas jouer à ça du côté de l'Ariane, à Nice.

Monaco aime son prince et c'est réciproque. On ne plaisante pas avec la famille princière – une reconduite à la frontière est chose si aisée, ici. Le prince veille à l'harmonie du paysage : pas d'antenne ni de parabole, uniquement du câble. De la verdure sur tous les toits d'immeubles modernes – on le fera poliment savoir au propriétaire tenté d'y reléguer un fouillis de climatisation.

Monaco est la deuxième ville la plus chère du monde, après Londres.

Mais je ne sortais pas d'un commissariat ou d'une agence immobilière lorsque je me suis souvenu de Monaco.

De la verdure sur tous les toits, même ceux des usines. Usines ? Oui, l'industrie monégasque est active et pas seulement dans la finance ou les services. Parfumerie, cosmétique et pharmacie sont très développées. Un pharmacien de mes connaissances, logé à Roquebrune et allant au bureau tous les matins comme n'importe quel banlieusard, m'expliquait que certains des gratte-ciels de Monte-Carlo sont en fait des usines et des laboratoires, à la verticale. À cela près le potard retrouvait un environnement familier. À cela près et au calendrier, aussi : il travaillait le 14 juillet mais pas le jour du Prince, la saint Rainier – Albert a conservé la date.

Il ne travaillait pas non plus pendant le grand prix de Formule 1 : matériellement impossible. Ce grand prix a lieu dans les rues de la ville, une chaise sur un balcon se loue très cher ce jour-là. Les rues ne sont pas très larges ; tous les jours sans Formule 1, les chauffeurs de bus en renouvellent les exploits en prenant certains virages à un empan des façades.

Ni pharmacie ni moteurs pour penser à Monaco.

Monaco est le pays le plus densément peuplé du monde, bien avant le deuxième : Singapour.

Monaco est le deuxième plus petit État du monde après le Vatican. Un peu plus petit que le VIe arrondissement, 200 hectares, dont une quarantaine gagnée sur la mer au prix de travaux colossaux : ici il n'y a presque pas de plateau continental, la montagne tombe tout droit dans la mer. Alpes maritimes...

La montagne tombe droit dans la mer, elle en surgit de même : de la mer à la France, on avance de 200 mètres et on monte de 100. Il n'est pas rare, traversant un immeuble où l'on entre par le rez-de-chaussée, de déboucher à la hauteur du troisième ou quatrième étage de l'immeuble situé devant. Monaco n'est pas le seul endroit escarpé des Alpes-Maritimes ; dans bien des villages le piéton trouvera des calades, à Montmartre ou Rocamadour ce seront des escaliers, mais il n'y a qu'à Monaco que les ascenseurs sont un moyen banal de transport public.

Voilà quelques jours je musardais dans le XVIème arrondissement, terra incognita ou presque. Un marronnier n'est pas un palmier, un géranium n'est pas un strelitzia, les pentes de Passy ne sont pas celles du mont Agel, pourtant je me suis souvenu de Monaco en voyant ceci :

Rue des Eaux - Paris XVI

Monaco est aussi le pays natal de Léo Ferré.

par Malgré tout - dans Prétextes
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commentaires

Coco 13/10/2008 16:29

Strélitzia ou strelitzia mais pas streelitzia

J'ai eu un doute en te lisant, j'ai cherché dans le dictionnaire (j'étais totalement incapable d'écrire ce mot)

Malgré tout 13/10/2008 17:14


Merci, experte bénévole ! Je rectifie tout de suite :-)


Christina 13/10/2008 01:37

l'infobulle sur l'image apparaît sous IE mais pas sous FF (il y a alt mais pas de title - supprimez donc le com après
...et si vous voulez je vous remettrai dans un autre que l'article est comme toujours joliment écrit et instructif)
je n'attaquerai plus mon blog ce soir... bonne nuit

Malgré tout 13/10/2008 12:19


Infobulle : oui, IE utilise alt pour en créer une, alors que ce n'est pas le rôle de alt - vous ne laissez rien passer, vous !
Et je ne supprime les commentaires qu'en toute dernière extrémité, tant pis pour celui-ci !


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