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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 20:27

Statue (présumée) de Néfertiti - Paris, Musée du Louvre

Je l'ai enfin croisée au Louvre, trente-cinq ans après l'avoir découverte. Sans doute faut-il savoir attendre certaines rencontres.

Je ne vivais pas encore à Paris et la Réunion des Musées Nationaux, qui ne devait pas encore porter ce nom, venait de décider de diffuser plus largement les reproductions de ses collections – le progrès technique (silicones pour le moulage, résines pour la matière) avait permis d'en abaisser le prix ou, bien plus simplement, je n'en avais encore jamais entendu parler. Toujours est-il que m'est tombé sous les yeux un numéro de  Paris-Match  (je crois) qui consacrait plusieurs pages à ces reproductions. Moulées directement sur les originaux par les professionnels de l'atelier de chalcographie du Louvre, leur qualité est infiniment supérieure à celle de n'importe quel souvenir et leur prix, plutôt raisonnable. Vous savez sans doute déjà tout ça, je ne le savais pas.

Je ne connaissais pas non plus les œuvres. J'avais peut-être quinze ou seize ans, avais commencé de chercher à voir, entendre, lire autre chose que les programmes scolaires, le cherchais par moi-même, au hasard des bibliothèques et des questions anodines – ce vieil instinct de me débrouiller tout seul, de ne dépendre de personne, qui me sortirait de tant d'épreuves et me ferait tomber dans tant de pièges, quelque part entre indépendance et solitude, la méfiance maladive des tendres une fois blessés.

Il y avait, parmi toutes ces belles choses peut-être déjà vues mais jamais vraiment regardées encore, la Vierge de Moissac, le vase de Suger, une idole des Cyclades… Néfertiti. Tranquille, princière sans même que j'aie lu son nom dans la revue, drapée autant que nue dans l'incroyable seconde peau de son châle aux plis rayonnants. En 1973 ou 1974, sur un garçon secret, l'impression était forte – et pas seulement parce que je voyais un de mes premiers corps de femme. Ce morceau de pierre reproduit en résine, sans tête, assemblage impossible et harmonieux d'un torse de toute jeune fille et d'un bassin de déesse-mère, ne devait plus me quitter : j'avais rencontré quelqu'un.

Bien plus tard, pour mon quarantième anniversaire, j'ai reçu ce moulage en cadeau – il était à la hauteur de mon souvenir. Celle avec qui je vivais tant bien que mal à l'époque eut l'intelligence de sembler se réjouir d'un plaisir qui ne lui devait pourtant rien et qu'elle ne comprenait pas – deux fautes inexpiables. Sa mère, dont la vanité naïve d'être  jeune et moderne  m'amusait encore, montra toute la journée un air offusqué qui était sans doute sa première expression spontanée depuis longtemps. Qu'eût-ce été avec la Vénus d'Ille… Il eût d'abord fallu expliquer qui était Mérimée.

Heureusement cela est loin. En errant hier dans un Louvre bondé (pauvre Joconde), je l'ai trouvée dans une salle miraculeusement calme. La reproduction est belle, mais ne peut restituer le rouge sanguin du quartzite taché de rose, le soyeux de la peau, la finesse des franges du châle, la netteté insolite de l'incision du nombril – même si c'est faux, je me plais à croire que le sculpteur a utilisé une fissure de la pierre, que l'idée de la statue puis sa forme sont nées de cet accident auquel répond étrangement la fracture du bras.

C'est une photo d'amateur, sans pied ni flash, pas aussi nette que je l'aurais souhaité. Je l'ai retouchée le plus discrètement possible pour effacer quelques vilains reflets – je lui devais bien ça.


Merci à Maybe qui, sans le savoir, m'a redonné l'envie d'aller au Louvre.

par Malgré tout - dans Exceptions
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commentaires

christina 03/04/2008 09:25

com'ment SE fait-ce... grrr, vais m'coucher

christina 03/04/2008 09:14

(com'ment ce fait-ce ?)

Encore plus incoyable à 1/10è etc. Seriez-vous de marbre ?
Le coup des "marches" ne se voit pas chez moi, ou vraiment en le sachant... c'est l'avantage d'un petit écran : l'image fait 7,7 cm de large chez moi - en agrandissant à 125% là oui

Malgré tout 03/04/2008 11:41


De marbre ? Pas que je sache, pour l'essentiel. Seulement j'avais cherché un bon appui, mon appareil comporte un stabilisateur (trèèèès pratique, ça !), je ne me suis pas dépêché, et puis j'ai un
peu d'entraînement... :)


christina 02/04/2008 12:39

il a mangé mon com... ??? je vous en remets une louche du coup

Oui, elle est belle et vous ne l'avez pas gâchée.*
Si, si, ne chipotez pas pour un léger voile...
- angle de prise de vue : parfait (les ombres en l'occurrence comptent double)
- le fond, tip-top, pile-poil (proportion clair-foncé la met encore plus en valeur, à mon goût)
- bref, belle composition (dépassant juste ce qu'il faut dans le blanc)
Vraiment.

*(et je ne suis pas friponne pour deux sous)

Malgré tout 02/04/2008 13:12


(com' pas mangé, mais placé sur un autre article)

Bon bon bon, j'dis plus rien :-x
Le "voile" est un flou de bougé, que je sais inévitable dans les conditions où j'étais (1/10, longue focale, main levée) mais que j'aurais bien voulu éliminer plus complètement. Si vous regardez de
près, les "marches" sur la limite d'ombre entre le socle et le blanc ou entre le noir et le blanc sont un effet secondaire du travail de filtrage de l'image. J'ai eu la flemme de les éliminer.

Pas friponne pour deux sous, je note. Soigneusement :)



christina 30/03/2008 07:18

Magnifique, parfaite, beau
Néfertiti, prise de vue, texte

Malgré tout 30/03/2008 11:28


Oui, non, vraiment ?

:-)


mebahel Nebmaâtrê 29/03/2008 21:29

C'est tout le pbme des repros, les techniques si fines soient -elles ont tjs un défaut.
exemple: reproduire le bleu turquoise du petit hippopotame archi connu... la couleur ne me satisfait jamais :-)
http://www.visite-egypte.com/images-egypte/
objets-egypte/hippotame_g.JPG

Malgré tout 30/03/2008 11:27


Très bon exemple ... et la question ne date pas d'hier : beaucoup de bronzes grecs, partis à la fonte, ne sont connus que par les copies en marbre faites par les Romains et ... c'est pas tout à
fait ça ! ;-)


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