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5 janvier 2008 6 05 /01 /janvier /2008 03:06

Article ingénu, peut-être bougon, certainement imprudent.


Adonc il n'est plus permis de fumer (du tabac, s'entend) dans les lieux publics, les restaurants… et même les bars-tabac. C'est très bien, c'est très très bien. Vraiment très bien. La vertu progresse.

Rien de tel que la loi et les amendes pour faire progresser la vertu, c'est ce que j'ai fini par comprendre. Avant, quand j'étais jeune (il y a… quelques semestres, dirons-nous), j'étais naïf, je pensais qu'un peu de politesse et de bonne volonté pouvait suffire à organiser les relations avec mes semblables – et qu'eux aussi étaient de cet avis.

J'avais par exemple appris qu'on ne fume pas à table, point. Ciel, un tabou ! À défaut de courtoisie (qui est une de mes nombreuses tares : je ne suis pas un gagneur win-win doté d'un leadership charismatique, je fais attention à mon prochain), l'égoïsme intelligent me semblait conduire au même résultat : ça gâche le goût des aliments, et c'est bien désinvolte envers le travail du cuisinier (voilà que ça me reprend : puisqu'on le paye, ce cuistot, tout est dit, non ? J'ai vraiment rien compris). Il fut un temps où un restaurateur connaissant son métier apportait d'autorité le café et l'addition au client qui en grillait une après les entrées… La clope entre deux plats a toujours fait dégringoler beaucoup de gens dans mon estime – dont certains sont devenus d'inflexibles censeurs, comme ces courtisanes qui finissaient mères supérieures.

J'avais aussi appris qu'on demande si ça dérange, et qu'une réponse négative n'était pas une attaque personnelle – comme c'est vieux jeu, tout ça. Question intéressante et générale : demander à qui ? ou plutôt, à combien de personnes ? Si ce sont des connaissances, l'effectif peut monter à une dizaine sans qu'aucune n'objecte : les liens amicaux, une forme de pression du groupe, l'idée que cette concession sera tôt ou tard payée de retour… inclinent à l'indulgence.

Pour des étrangers réunis par le hasard, on ne dépasse guère trois ou quatre sans rencontrer un désaccord – et demander leur avis à quarante inconnus l'un après l'autre serait bien ridicule. Mais où, désormais, trouve-t-on une compagnie aussi restreinte ? Il n'y a plus de compartiments dans les trains – il faut bien gagner de la place. Un compartiment fumeur pouvait être plaisant, surtout si la chance l'attribuait à soi seul : avec un bon livre et une pipe, les cinq heures de train pour rejoindre la machine à laver maternelle et le frigo assorti passaient plus agréablement. Mon pauvre monsieur, avec le TGV qui donc reste encore cinq heures dans un train ? Je connais de certaines lignes… mais passons.

Bref, l'homo modernus (latin non garanti) est ou bien tout seul, ou bien en foule – ce qui ne change pas grand-chose à sa solitude – et s'adapte donc au groupe. Cela est fort bien et dans l'ordre des choses, sinon où va-t-on ? Anarchie, mai 68, libertinage, débauche et libre-pensée… la fin du monde, inacceptable.

Adaptons-nous. Puisqu'on ne voyage plus à moins de quatre-vingts, et qu'en effet il n'est pas question de déranger quatre-vingts clampins avec une honnête bouffarde, veillons encore un peu plus sur leur tranquillité. Prévoyons des sanctions (une amende de 68 euros, par exemple, payable immédiatement), pour le dynamique décideur à forte voix qui discute ses contrats au téléphone. Ou pour la greluche gloussante. Ou pour le bambin hurleur. Ou pour le marmot geignard à qui sa mère glisse en vain des  chut, chut, chut  inutiles pour ne pas perdre le fil des aventures de Cécilia Purgatoire dans Public-Match ; elle pourrait aussi se tourner vers le mouflet et lui dire  Tu t'arrêtes  sur un certain ton sec, mais il lui faudrait lâcher sa revue – et Vanessa Bruni c'est important. Ou pour le bidasse qui… ah non, il n'y a plus de bidasses.

Emporté par l'amour du bien public, soucions-nous de la santé mentale de la nation. Cinq heures de télé quotidienne, ça rend con : qu'une loi impose aux fabricants l'extinction automatique du poste après un certain temps de fonctionnement et qu'il reste éteint jusqu'au lendemain. Un comité de sages pourrait avantageusement établir ces délais de salubrité, les pervers qui achèteraient plusieurs postes pour les regarder en alternance seraient pendus en place de Grève. Les récidivistes seraient écartelés, pour leur apprendre à vivre.

Promeuvons le principe de précaution : interdisons aux politiciens de faire des promesses, de crainte qu'ils ne les tiennent pas. Ou qu'ils les tiennent. Ou qu'ils en tiennent d'autres. Exigeons des éditeurs qu'ils ne publient que des livres qui vaudront le coup d'être relus dans cinq ans (ou dix ? autre comité de sages pour nous éclairer).

Le combat pour la santé est sans fin. Enfin si. Dans une boîte. De sapin.

commentaires

Julie 11/01/2008 21:48

Au fait, je vois que tu t'es décidé à t'inscrire à Romans? Est ce que ce que j'ai écrit dans mon dernier mail y est pour quelque chose?

Tu as toutes tes chances en tout cas, peu de blogs sont aussi chouettes que le tien...

Bises!

Malgré tout 11/01/2008 22:31

Hé bien ... presque ! je venais de le faire ou peu s'en faut ! ;-)

Julie 11/01/2008 21:37

Hello you!

Superbe cette petite réflexion...c'est toujours aussi bien écrit ;)

Ca me fait penser à un article que j'avais posté il y a quelques temps en novembre...une chronique de la consommation contemporaine par Philippe Geluck. Ca devrait te plaire, et c'est ici:

http://www.juliegoudot.net/article-13527295.html

Bises!

Malgré tout 11/01/2008 22:29

"Superbe", comme tu y vas... m'enfin ça fait toujours plaisir !Lu la chronique de Geluck. Le prétexte initial est le même, mais nous partons sur des voies un peu différentes. J'aime bien le gag visuel final, cependant, en réfléchissant un peu, l'autocollant pourrait s'apposer sur chacun de nous ... brrr, me voilà sinistre.

mebahel 05/01/2008 19:22

""Mieux" serait de pouvoir s'organiser entre gens bien élevés. Comme tu le dis, "bien élevé" n'est pas inné, ça se travaille et s'entretient -"
=> oui je sais bien, et je travaille ca tous les jours avec mes minot-e-s et leurs parents, hélzs, qui pourtant devraient être en première ligne sur ce taf, puisque théoriquement l'école instruit et les parents éduquent.
Théoriquement, car il y a beau temps qu'on n'en est plus là.
Curieux: je me souviens de la leçon de morale , les 2 lignes à calligraphier avec le plus de respect du code possible, et au moment d'explication qui le précédait: pas besoin de le faire durer plus d'un quart d'heure: c'était évident pour tous les élèves, on exemplifait éventuellement, quand les mots de la phrase sorttaient du référentiel sémantique ou plut^pot du vocabulaire de certtaine-s, et c'était quoi.. mon CE1, voire la fin du CP.
Je ne fais pas du "c'était mieux avant" non certes, j'ai eu mon lot de cassepiederies scolaires, mais je constate le "le boulot était déjà fait ou a tout le moins entamé en amont".
Qu'un parent ose moucher son-sa petit-e au restau, dans l'hyper ou dans le train, c'est un événement.. d'ailleurs les autres autour regardent cet adulte comme un bourreau d'enfant: je comprends que certaines gens n'osent même plus affronter le regard social sur une pratique éducative, sur une mise en pratique de l'éducation civique a minima qui consiste à ne pas déranger inconsidérément autrui.
Alors que la santé publique remplace le salut éternel.. pouruqoi pas.
C'est surtout une forme de contrôle social venu de plus haut (par impératif économique, ne rêvons pas) et qui est dans la droite ligne de notre narcissisme de l'occidental-e moyen-ne: l'immédiat, l'obtention immédiate,le corps immuable et la revendication du standard physique via la technique.. bref on a mis les toubibs en position de détenteurs de démiurgie.. et la technique médicale au rang de cette magie opératoire du tout prêter qui transforme le vin en sang du christ et la mie de pain en corps ... ô mon dieu, seraient-ils cannibales en notre nom...
Bref je re-recommande l(ien scindé) http://www.siueerpp.org/article.php3?
id_article=32
dont j'avais causé dans mon blog, d'ailleurs, tellement on est en plein dedans.

Bref...alors oui bien sûr, la civilité c'est un ensemble de codes qu'on apprend, non c'est pas inné, oui ça se perd parce que ce n'est plus ni valorisé, ni transmis en tant que respect de l'altérité mais simplement parfois par simple stratégie d'obtention (moi moi moi)
Heu.. bon cet tout petit cadre de comm aussi.. c'est chiant je sais plus ce que j'ai écrit au début.
(je viens sur ton blog uniquement pour râler, tu vois..)

Malgré tout 05/01/2008 20:02

Le tout petit cadre pour écrire des comm's, j'y peux rien ! C'est OB qui veut ça (eeeet hop, dégagement en touche). Sans ça, entièrement d'accord avec ton comm, plus explicite que mon article qui n'était qu'un billet d'humeur.PS : je viens de tester l'ajout de comm, aussi bien depuis la liste des commentaires affichée en popup que depuis la fenêtre principale, et je ne remarque rien d'inattendu, pas de transformation intempestive. Mystère...

mebahel sous firefox 05/01/2008 11:18

c'est super chiant toutes ces fenêtres qui s'ouvrent quand on veut mettre des comms...à savoir: la fen^tre principale se transforme aussi, c'est quoi ce binzz?
Là j'ai la principale, qui montre le premier comm, un seconde qui le montre aussi, et une troisième pour écrire un nouveau comm..
haaa je sais.. c'est fumeux, s'pour ça...
bon je redis: faut lire "la santé totalitaire" je vais essayer de me le rechopper à la bibli.

Malgré tout 05/01/2008 14:56

atta ... Dans ce que tu dis, je vois deux choses :1 - il y beaucoup de fenêtres (peut-être trop), c'est vrai. Cliquer sur le lien "commentaires" en pied d'article ouvre un grand popup à droite de l'écran : c'est pê gênant mais c'est le comportement usuel de mon blog. (pour mémoire, cliquer sur un commentaire dans le menu "commentaires" du biniou remplace la page lue par la page article+comms comme partout chez OB). Cliquer sur le lien 'ajouter un comm", que ce soit dans le popup ou en pied d'article, ouvre le popup OB d'ajout de comm, ce qui peut en effet totaliser trois fenêtres. Tout ça peut agacer mais reste prévisible (le jour où je m'attaquerai aux cookies, on pourra gérer ses propres préférences sur mon blog, la classe !)2 - la "fenêtre principale qui se transforme aussi", ça c'est inattendu. Laisse-moi tester, on en reparle.

mebahel dans son oreiller 05/01/2008 08:37

Lorsqu'il n'y a pas (ou plus) de respect de l'autre, cad d'éducation, la loi se charge de poser des interdits.
Ou un truc du genre (chuis pas très réveillée).
En somme, je suis pour l'interdiction du tabac dans les lieux publics, parce que je ne vois pas pourquoi j'aurais à supporter cette pénible fumée et l'odeur rémanente qui imprègne fringues et cheveux, mais très dérangée par les amendes qui sont liées à cette interdiction; on dirait que l'incitation positive n'est jamais envisagée, mais uniquement une pseudo culpabilisation par la sanction, au lieu de l'éducation.
Et on pose tout cela du côté de la santé publique; ca me fait penser au bouquin de Gori 'la santé totalitaire', à lire....

Malgré tout 05/01/2008 14:46

D'abord : c'est bien gentil à toi de laisser un commentaire à cette heure indûe et dans ces conditions héroïques :-)Moi non plus, je n'aime pas trop la puanteur de fumée froide, encore moins les remugles acides du papier à cigarette - donc, faute de mieux, interdisons, je suis de ton avis."Mieux" serait de pouvoir s'organiser entre gens bien élevés. Comme tu le dis, "bien élevé" n'est pas inné, ça se travaille et s'entretient - tu le tournes autrement en parlant de "respect de l'autre".Ce que je relevais, c'est que les occasions d'avoir affaire à lui se raréfient - les occasions d'avoir affaire à un ou quelques autres plutôt qu'à "tous les autres", le compartiment plutôt que le wagon complet. Les économies d'échelle, c'est économique (quelle découverte...) mais pas neutre (autre découverte).Depuis qu'il est raisonnablement possible d'espérer protéger sa santé et prolonger sa vie, plutôt que subir dans l'impuissance la maladie et la vieillesse, c'est devenu indispensable, devenu obligatoire - le particulier doit prendre soin de lui, son médecin doit réussir à le soigner.L'invocation de la santé publique a remplacé celle du salut éternel, les fumeurs repentis ont remplacé les hérétiques rachetés, la menace de l'amende remplace celle du bûcher. Les formes du contrôle s'adoucissent, son ressort reste la frousse, la sainte frousse.Puisque le principe semble intangible, j'en ai juste envisagé quelques extensions logiques ...

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