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26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 17:18

Paris - maisons médiévales Paris - maisons médiévales

Article de pure érudition futile pour promeneur curieux.


Dans le centre de Paris (et d'autres vieilles villes) où abondent encore les constructions anciennes, on remarque quelquefois des murs convexes, bombés à hauteur du premier étage. On les repère vite, ils donnent aux maisons une allure de guingois, légèrement canaille, qui contraste agréablement avec les impeccables verticales gourmées de bâtisses plus récentes.

Longtemps j'ai pensé que c'était simplement une déformation dûe à l'âge et au travail des matériaux – une arthrite architecturale en somme – et que l'intérieur de ces immeubles devait évoquer un tableau cubiste ou un décor de film expressionniste. Hé bien, pas du tout : la face intérieure en est et a toujours été parfaitement d'aplomb, c'est le mur qui va s'amincissant de la base au sommet. Aucun maçon consciencieux n'aurait procédé autrement, cette technique donne au mur de l'assise, de la stabilité, l'aide à résister aux poussées venues de l'intérieur. C'était ça ou un arc-boutant.

Plus tard les règlements d'urbanisme, soucieux d'hygiène et de prévention des incendies, exigeront l'abandon de cet embonpoint, dont le progrès des techniques de construction permettra de se passer. Bien.  Tout de même , pensais-je,  un truc aussi rigolo porte forcément un nom ? . En tournant plusieurs pages, en convoquant de vieux souvenirs, j'ai eu la réponse : cela s'appelle  le fruit .

Merveilleuse réponse qui lève un vol d'autres questions : pourquoi  le fruit  ? Le fruit comme un fruit, comme une pomme ?

Demandons à Robert. Il indique d'abord  fruit  du latin fructus  produit de la terre  : ça, on connaît.

Il signale aussi le deuxième sens, celui qui nous occupe, en indiquant seulement qu'il s'écrivait  frit  au XVIe siècle et en nous conviant à aller voir  effriter . La présentation de l'article indique nettement que fruit-de-la-terre et fruit-des-murs n'ont la même orthographe que par coïncidence et érosion dûe à l'usage, que leurs origines sont différentes.

Allons donc voir  effriter , la piste semble logique : s'amincir, perdre de la substance… on est dans le bon registre. Mais l'on découvre que  effriter , si sa définition ne recèle pas de surprise, a une histoire inattendue.


Paris - maisons médiévales Paris - maisons médiévales

Son sens actuel (et unique) résulte de l'extension, sous l'influence du mot  friable , du sens d'un autre verbe connu au XIIIe siècle. Cet autre verbe, sans rapport avec l'art de construire, s'est écrit  effriter  dès 1611.

Avant ça – suspense – il s'écrivait…  effruiter , au sens de  rendre stérile, épuiser (une terre) . Arrrgh ! Le monde est tout petit ! Voilà un hold-up sémantique ou je ne m'y connais pas ! Cette inattaquable logique du  marabout-bout d'ficelle  m'a toujours ravi…

par Malgré tout - dans Prétextes
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commentaires

Ardalia 27/10/2007 23:41

Pensée pour ce sketch de Le Luron en Alice Saprich : "Et je veux remercier l'entreprise [type Bouygues] qui s'est occupé de mon ravalement"
;-)

Malgré tout 27/10/2007 23:56

T'as tout compris ! :-D

Ardalia 27/10/2007 19:27

Sacré bordel de crédis donc!!
Mais moi aussi, je croyais au vieux machin attendrissant d'embonpoint! Jusqu'à m'étonner de ne pas voir de fentes pour autant (on reconnait la pragmatique, héhé), mystère, mystère... Dont tu ma livres la clef quand je ne la demandais plus.
Merci! :-)

Malgré tout 27/10/2007 20:54

De rien. Pour l'absence de fissures, qui m'étonnait moi aussi, je la portais au compte d'un crépi habilement disposé - même genre de miracle qu'avec le fard, en somme.(je sooooooooors !)

frelon 27/10/2007 16:44

Brendufat nous livre là encore une excellente salade d'un fruit peu connu. Quel blog! mes bons amis, où se mêlent ballade, culture et beau verbe.

Malgré tout 27/10/2007 20:52

Vil flatteur ! ;-)

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