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18 juillet 2007 3 18 /07 /juillet /2007 15:03

Je l’avais remarquée de loin – de l’autre bout de la longue rue droite, tranquille, ordinaire. Le ciel de cet insolite début de juillet roulait d’épais nuages de coton sale.

Toute en bleu marine elle portait ouvert un imperméable de bonne coupe, tombant à la perfection. Les pans flottant au vent de la marche l’abritaient dans un cône de tissu sombre, nettement découpé sur la grisaille tendre des murs. Allurale, elle filait à longs pas, assurés, réguliers, indifférente au monde qu’elle fendait si vivement. À quel rendez-vous d’affaires, vers quel client important allait si vite celle qui montrait l’élégance d’un jeune cadre parisien – quand ils sont élégants ? Je ne sais.

Tandis qu'elle approchait je n’apercevais pas de porte-documents signé d’un grand sellier. En lieu de quoi elle tenait dans ses mains, à hauteur de visage, un paquet de tissu blanc qu’elle regardait intensément.

Quand je l’ai croisée j’ai entrevu, dans les plis du tissu, sous les yeux de cette femme qui ne me voyait pas, le visage endormi, encore tout fripé, d’un minuscule bout d’humain vieux d’au plus quelques jours.

Étrange rencontre que celle d'une statue en marche.

commentaires

F
L'image est inutile, les mots suffisent. Bien que tu fasses aussi de trés jolies photographies! ;-)
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M
"L'image est inutile, les mots suffisent." : c'est exactement ce que je cherche à obtenir - cette catégorie d'articles aurait pu s'appeler "Photos verbales" (mais merci pour les photos-photos !)
A
Au début je voulais dire que j'aimerais savoir écrire comme toi, mais en fait je préfère avoir le privilège de te lire. :-)
Répondre
M
Tu exagères ! (mais tu me fais très plaisir !)

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